{"id":1554,"date":"2023-12-12T17:56:01","date_gmt":"2023-12-12T16:56:01","guid":{"rendered":"https:\/\/jclebrun.eu\/blog\/?p=1554"},"modified":"2023-12-12T18:05:47","modified_gmt":"2023-12-12T17:05:47","slug":"eric-fottorino","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/jclebrun.eu\/blog\/2023\/12\/12\/eric-fottorino\/","title":{"rendered":"Eric Fottorino"},"content":{"rendered":"\n<h4 class=\"wp-block-heading alignfull has-text-align-center\"><strong>Si ce nouveau texte est pr\u00e9sent\u00e9 sous l\u2019appellation g\u00e9n\u00e9rique de \u00ab&nbsp;roman&nbsp;\u00bb, il ne fait gu\u00e8re de doute que c\u2019est pour son ancrage explicite dans le roman familial de l\u2019auteur. On se souvient que dans un livre pr\u00e9c\u00e9dent paru en 2018, \u00ab&nbsp;Dix-sept ans&nbsp;\u00bb, &nbsp;Eric Fottorino r\u00e9v\u00e9lait la venue au monde, trois ans apr\u00e8s la sienne, d\u2019une petite s\u0153ur aussit\u00f4t enlev\u00e9e \u00e0 sa m\u00e8re et depuis lors disparue. De cette cadette tardivement surgie dans sa vie, l\u2019\u00e9crivain savait seulement qu\u2019elle avait \u00e9t\u00e9 litt\u00e9ralement kidnapp\u00e9e par une institution religieuse bordelaise puis confi\u00e9e \u00e0 une famille d\u2019adoption, dont on ignorait tout<\/strong><\/h4>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image alignleft size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"725\" height=\"1024\" src=\"https:\/\/jclebrun.eu\/blog\/wp-content\/uploads\/2023\/12\/ERIC-725x1024.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-1556\" srcset=\"https:\/\/jclebrun.eu\/blog\/wp-content\/uploads\/2023\/12\/ERIC-725x1024.jpg 725w, https:\/\/jclebrun.eu\/blog\/wp-content\/uploads\/2023\/12\/ERIC-212x300.jpg 212w, https:\/\/jclebrun.eu\/blog\/wp-content\/uploads\/2023\/12\/ERIC-768x1085.jpg 768w, https:\/\/jclebrun.eu\/blog\/wp-content\/uploads\/2023\/12\/ERIC-1087x1536.jpg 1087w, https:\/\/jclebrun.eu\/blog\/wp-content\/uploads\/2023\/12\/ERIC-1449x2048.jpg 1449w, https:\/\/jclebrun.eu\/blog\/wp-content\/uploads\/2023\/12\/ERIC-scaled.jpg 1812w\" sizes=\"auto, (max-width: 725px) 100vw, 725px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Si l\u2019affaire le touchait \u00e9videmment de pr\u00e8s, il lui fallait en savoir un peu plus. Peut-\u00eatre l\u2019existence de cette petite s\u0153ur t\u00f4t \u00e9vanouie expliquait-elle certaines des bizarreries qu\u2019il n\u2019avait cess\u00e9 de relever au fil des ann\u00e9es dans le comportement de sa m\u00e8re&nbsp;? Celle-ci avait tout juste dix-sept ans, lorsqu\u2019elle l\u2019avait mis au monde en 1960. Et donc \u00e0 peine vingt ans en janvier 1963, quand, pas encore majeure et non mari\u00e9e, elle avait cependant d\u00e9cid\u00e9 d\u2019accoucher d\u2019un deuxi\u00e8me enfant. De surcro\u00eet d\u2019un p\u00e8re diff\u00e9rent du premier. &nbsp;Inutile de rappeler le contexte rigoriste de l\u2019\u00e9poque, pour se repr\u00e9senter la difficult\u00e9 dans laquelle elle avait pu se retrouver. Ou plus exactement dans laquelle s\u2019\u00e9tait vue celle qui portait alors la responsabilit\u00e9 de la famille&nbsp;: sa propre m\u00e8re, descendante \u00ab&nbsp;<em>d\u2019une noblesse d\u00e9chue<\/em>&nbsp;\u00bb qui entretenait le souvenir d\u2019\u00ab&nbsp;<em>une grandeur d\u2019autrefois<\/em>.&nbsp;\u00bb Pour effacer cette nouvelle tache sur l\u2019honneur familial, celle-ci avait sollicit\u00e9 les services d\u2019une institution religieuse qui \u00ab&nbsp;<em>curetait les ventres \u00e9ventrait les \u00e2mes<\/em>.&nbsp;\u00bb&nbsp; C\u2019est d\u2019abord une plong\u00e9e sans m\u00e9nagement dans cette \u00e9poque dure aux femmes qu\u2019effectue Eric Fottorino. Avec d\u2019autant plus de force et de crudit\u00e9 qu\u2019il a fait le choix d\u2019une forme radicale. Non pas la prose lin\u00e9aire d\u2019un r\u00e9cit traditionnel, avec ses connecteurs et ses chevilles, mais le <em>staccato<\/em> d\u2019un vers libre, nerveux, sans ponctuation. A l\u2019exemple de Baudelaire dans \u00ab&nbsp;<strong>Les Fleurs du mal<\/strong>.&nbsp;\u00bb Le titre du roman, \u00ab&nbsp;<strong>Mon Enfant, ma s\u0153ur<\/strong>&nbsp;\u00bb, se pr\u00e9sente pr\u00e9cis\u00e9ment comme un emprunt au po\u00e8me \u00ab&nbsp;<strong>L\u2019Invitation au voyage<\/strong>&nbsp;\u00bb, dans lequel celui qui \u00e9crit imagine un lieu id\u00e9al o\u00f9 vivre avec sa bien-aim\u00e9e. Eric Fottorino en a plac\u00e9 les six premiers vers en \u00e9pigraphe, concluant ici par le c\u00e9l\u00e8bre &nbsp;\u00ab&nbsp;<em>l\u00e0, tout n\u2019est qu\u2019ordre et beaut\u00e9&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;luxe, calme et volupt\u00e9<\/em>.&nbsp;\u00bb&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Tout l\u2019inverse de ce qui s\u2019est donc jou\u00e9 pour sa m\u00e8re, sa s\u0153ur et lui.<\/h4>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La d\u00e9r\u00e9liction, compagne pour sa m\u00e8re et lui de toutes ces ann\u00e9es, se mue en un regain d\u2019esp\u00e9rance<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Dans ce superbe et d\u00e9chirant po\u00e8me en prose, il restitue les \u00e9tapes, m\u00e9lange d\u2019intuitions et de hasards, de ce qui s\u2019apparente \u00e0 une v\u00e9ritable enqu\u00eate sur sa s\u0153ur disparue, dont lui-m\u00eame \u00e0 l\u2019origine n\u2019\u00e9tait pas du tout &nbsp;certain qu\u2019elle f\u00fbt encore de ce monde. Si la tonalit\u00e9 de fond du texte reste \u00e9l\u00e9giaque, quand le fr\u00e8re a\u00een\u00e9 s\u2019adresse \u00e0 une petite s\u0153ur peut-\u00eatre \u00e0 jamais disparue, lui invente une existence et imagine \u00e0 quoi aurait pu ressembler un v\u00e9cu commun, on le voit en m\u00eame temps mener un travail de recherche de plus en plus actif. Confort\u00e9 en cela par une lente succession de d\u00e9couvertes. La d\u00e9r\u00e9liction, compagne pour sa m\u00e8re et lui de toutes ces ann\u00e9es, se mue en un regain d\u2019esp\u00e9rance. Par prudence, il attendra cependant d\u2019avoir acc\u00e8s \u00e0 de solides &nbsp;certitudes avant de mettre celle-ci au courant de ses avanc\u00e9es. &nbsp;Il ne faut pas d\u2019y tromper&nbsp;: Eric Fottorino, en m\u00eame temps qu\u2019il met au jour cette page douloureuse du roman familial, propose par touches subtiles la restitution des ombres et des ab\u00eemes d\u2019une \u00e9poque, qu\u2019on a aujourd\u2019hui &nbsp;tendance \u00e0 d\u00e9signer sous l\u2019appellation nostalgique de \u00ab&nbsp;<em>trente glorieuses.<\/em>&nbsp;\u00bb<em>&nbsp; <\/em>Poursuivant avec une belle obstination une recherche de sa propre identit\u00e9 initi\u00e9e d\u00e8s 1991 avec \u00ab&nbsp;<strong>Rochelle<\/strong>&nbsp;\u00bb, son premier roman. <em>&nbsp;<\/em><\/h4>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p class=\"wp-block-paragraph\"> Une histoire d\u2019une totale singularit\u00e9, mais tellement repr\u00e9sentative d\u2019une \u00e9poque<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">La fin du roman apporte \u00e0 la m\u00e8re et au fils l\u2019\u00e9claircie qu\u2019ils n\u2019avaient plus os\u00e9 esp\u00e9rer. Avec un tact admirable Eric Fottorino relate ce \u00e0 quoi il a tant de peine \u00e0 croire. Quelque part, pas si loin de chez eux, la petite s\u0153ur port\u00e9e disparue est devenue une femme&nbsp;: celle qu\u2019il voit un jour s\u2019avancer vers lui sur un quai de gare.Rien de m\u00e9lodramatique ici, la retenue tout du long pr\u00e9vaut. Sans pour autant masquer les profondes turbulences qui n\u2019ont jamais cess\u00e9 d\u2019agiter la m\u00e8re et son fils. Une nouvelle fois l\u2019\u00e9crivain ouvre \u00e0 son lecteur une porte sur son roman familial. Une histoire d\u2019une totale singularit\u00e9, mais tellement repr\u00e9sentative d\u2019une \u00e9poque<em>. <\/em>La fascinante ambivalence de ce texte prenant et magnifique.<\/h4>\n\n\n\n<h5 class=\"wp-block-heading\"><strong>\u00ab<\/strong>&nbsp;Mon Enfant, ma s\u0153ur<strong>&nbsp;\u00bb, d\u2019Eric Fottorino, Gallimard, 288 pages, 21 \u20ac<\/strong><\/h5>\n\n\n\n<h5 class=\"wp-block-heading\">14\/12\/2023 &#8211; 1682 &#8211; W63<em>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<\/em><\/h5>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Si ce nouveau texte est pr\u00e9sent\u00e9 sous l\u2019appellation g\u00e9n\u00e9rique de \u00ab&nbsp;roman&nbsp;\u00bb, il ne fait gu\u00e8re de doute que c\u2019est pour son ancrage explicite dans le roman familial de l\u2019auteur. 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