{"id":2254,"date":"2025-03-07T10:28:41","date_gmt":"2025-03-07T09:28:41","guid":{"rendered":"https:\/\/jclebrun.eu\/blog\/?p=2254"},"modified":"2025-03-07T10:28:43","modified_gmt":"2025-03-07T09:28:43","slug":"entretien-jc-lebrun-avec-calou-livre-de-lecture","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/jclebrun.eu\/blog\/2025\/03\/07\/entretien-jc-lebrun-avec-calou-livre-de-lecture\/","title":{"rendered":"Entretien JC LEBRUN avec Calou L&rsquo;ivre de lecture"},"content":{"rendered":"\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Entretien avec Jean-Claude Lebrun r\u00e9alis\u00e9 par Pascale Arguedas \u00e0 Paris en janvier 2008<\/h4>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\"><strong>Chaque jeudi dans le journal L\u2019Humanit\u00e9, je d\u00e9vore vos chroniques litt\u00e9raires. Vous \u00eates l\u2019un des rares critiques fran\u00e7ais que j\u2019admire. La qualit\u00e9 de votre plume, la finesse de vos analyses et vos choix avis\u00e9s de lecture font de vous une r\u00e9f\u00e9rence en la mati\u00e8re. Quel est votre parcours&nbsp;?<\/strong><\/h4>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Je vous remercie de ces compliments qui me touchent beaucoup, mais il me semble seulement essayer d\u2019exercer convenablement ce m\u00e9tier de critique litt\u00e9raire, auquel j\u2019ai go\u00fbt\u00e9 pour la premi\u00e8re fois en\u2026 1974, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de mon travail de professeur d\u2019allemand. La litt\u00e9rature, l\u2019histoire et la politique \u00e9taient depuis longtemps mes passions. Je lisais des romans, des essais, des revues et des journaux. J\u2019\u00e9tais (et suis encore) membre d\u2019un parti qui posait comme centrale la question de l\u2019appropriation culturelle. On voyait alors en celle-ci un levier de l\u2019\u00e9mancipation sociale. On pensait l\u2019assimilation de l\u2019h\u00e9ritage aussi n\u00e9cessaire que la confrontation avec les \u0153uvres de la cr\u00e9ation moderne. C\u2019\u00e9tait le temps des grands d\u00e9bats th\u00e9oriques, des colloques fr\u00e9quent\u00e9s par toute la Nomenklatura intellectuelle. Cluny, Cerisy, le structuralisme, Philippe Sollers en plein d\u00e9lire mao\u00efste, Jean-Pierre Faye visitant les langages totalitaires\u2026 C\u2019est de l\u00e0 que je viens. J\u2019\u00e9tais d\u00e9j\u00e0 autant int\u00e9ress\u00e9 par les avant-gardes que par Yourcenar ou Tournier. Sans le savoir &#8211; ou le pressentais-je d\u00e9j\u00e0 inconsciemment&nbsp;?- je me pr\u00e9parais, par cet \u00e9clectisme, \u00e0 mon futur m\u00e9tier de critique. Pour moi la litt\u00e9rature \u00e9tait forc\u00e9ment multiple.<\/h4>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\"><strong>Pourquoi le journalisme ?<\/strong><\/h4>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">J\u2019ai tr\u00e8s t\u00f4t pens\u00e9 \u00e9crire un jour dans un journal, c\u2019\u00e9tait un r\u00eave. Les journalistes \u00e9taient pour moi des personnes d\u2019autant plus extraordinaires, qu\u2019on n\u2019en connaissait pas alors les visages, que leur personnalit\u00e9 tenait tout enti\u00e8re dans leur signature. J\u2019admirais ces hommes, et ces quelques femmes, qui savaient tout de suite mettre en mots l\u2019actualit\u00e9.<\/h4>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\"><strong>Pouvez-vous nous retracer en quelques mots votre chemin professionnel&nbsp;?<\/strong><\/h4>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Depuis mes 15 ou 16 ans j\u2019\u00e9tais un lecteur assidu des \u00ab&nbsp;Lettres Fran\u00e7aises&nbsp;\u00bb. Il s\u2019y disait des choses qu\u2019\u00e9videmment je ne comprenais pas toutes. Mais qu\u2019importe. J\u2019imaginais pouvoir un jour parler du tout et de la partie d\u2019une \u0153uvre, trouver dans son d\u00e9tail la r\u00e9plique minuscule de son sens g\u00e9n\u00e9ral. A la fa\u00e7on du \u00ab&nbsp;timbre-poste&nbsp;\u00bb de Faulkner, dont j\u2019ignorais alors tout de l\u2019existence. \u00c0 la Sorbonne je me suis constitu\u00e9 lentement mon premier bagage.<\/h4>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">La suite a \u00e9t\u00e9 classique. \u00c0 l\u2019occasion d\u2019un travail universitaire, \u00e0 la fin des ann\u00e9es 1960, j\u2019\u00e9tais entr\u00e9 en relation avec un a\u00een\u00e9 en germanistique, Claude Pr\u00e9vost, qui \u00e9tait \u00e9galement membre du comit\u00e9 de r\u00e9daction de la prestigieuse \u00ab&nbsp;Nouvelle Critique&nbsp;\u00bb. Claude me demanda un premier papier, en 1974 et il devint pour moi d\u2019abord une mani\u00e8re de fr\u00e8re a\u00een\u00e9, puis rapidement mon v\u00e9ritable alter ego. \u00c0 la disparition de \u00ab&nbsp;la Nouvelle Critique&nbsp;\u00bb, en 1980, j\u2019ai suivi Claude \u00e0 \u00ab&nbsp;R\u00e9volution&nbsp;\u00bb, qui prenait le relais. J\u2019y fus collaborateur r\u00e9gulier jusqu\u2019en 1986. \u00c0 partir de cette date on mit en place dans cet hebdo une chronique litt\u00e9raire que l\u2019on me confia. Peu apr\u00e8s je pris \u00e9galement en charge la direction des pages \u00ab&nbsp;Livres&nbsp;\u00bb. Ce fut un temps d\u2019\u00e9changes encore plus intenses avec Claude. Notre complicit\u00e9 d\u00e9boucha en 1990 sur la publication d\u2019un livre \u00e0 quatre mains \u00ab&nbsp;Nouveaux Territoires romanesques&nbsp;\u00bb, qui fut le premier ouvrage consacr\u00e9 au renouveau du roman fran\u00e7ais. \u00c0 la mort subite de Claude, en 1992, Roland Leroy, le directeur de \u00ab&nbsp;L\u2019Humanit\u00e9&nbsp;\u00bb, m\u2019appela pour tenir la chronique litt\u00e9raire du journal, dont mon a\u00een\u00e9 avait eu la charge depuis 1983. Tout de suite apr\u00e8s J\u00e9r\u00f4me Garcin me proposait d\u2019entrer dans l\u2019\u00e9quipe de critiques du \u00ab&nbsp;Masque et la Plume&nbsp;\u00bb, aux c\u00f4t\u00e9s de Jean-Didier Wolfromm, Josyane Savigneau, Bernard Rapp, Jean-Louis Ezine, Patricia Martin et quelques autres qui pass\u00e8rent pendant les sept ann\u00e9es que cela dura. Puis en octobre 1999, silence du t\u00e9l\u00e9phone&nbsp;: je compris que l\u2019on cessait de m\u2019inviter. J\u2019avais peut-\u00eatre boucl\u00e9 le cycle biblique de sept ann\u00e9es. Le microcosme est ainsi fait, qui soudain vous r\u00e9pudie sans vous le dire. J\u2019avais entre-temps fait para\u00eetre plusieurs livres et essais. Sur Jean Echenoz et Jean Rouaud, sur le roman contemporain, sur le devoir de d\u00e9couverte de la critique. Outre mes classes secondaires et mes pr\u00e9pas, j\u2019assurais un cours de \u00ab&nbsp;textes fran\u00e7ais&nbsp;\u00bb dans le DESS de traduction litt\u00e9raire professionnelle \u00e0 Paris VII, rejoignant Michel Volkovitch qui assurait le fran\u00e7ais. Ma carri\u00e8re de critique \u00e9tait parall\u00e8le \u00e0 ma carri\u00e8re d\u2019enseignant. Je m\u2019assurais ainsi un pr\u00e9cieux espace de libert\u00e9.<\/h4>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\"><strong>Quelles contraintes vous sont impos\u00e9es ?<\/strong><\/h4>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">La seule obligation que me fait le journal est celle de la r\u00e9gularit\u00e9. L\u2019autre, qui va de soi, \u00e9tant celle du calibrage de mes chroniques. Je r\u00e9alise aussi des entretiens, des \u00ab&nbsp;ouvertures&nbsp;\u00bb des pages culturelles. J\u2019imagine cependant qu\u2019en posant cette question, vous pensez \u00e0 des imp\u00e9ratifs \u00e9ditoriaux, ou des injonctions li\u00e9es \u00e0 l\u2019actualit\u00e9, ou encore \u00e0 des demandes pr\u00e9cises, \u00e9ventuellement \u00e0 des contraintes id\u00e9ologiques et des censures. Cela vous para\u00eetra peut-\u00eatre incroyable, mais en quinze ans de chronique \u00e0 \u00ab&nbsp;L\u2019Humanit\u00e9&nbsp;\u00bb, je n\u2019ai pas le souvenir d\u2019une seule obligation qui m\u2019ait \u00e9t\u00e9 faite. J\u2019ai toujours choisi en toute libert\u00e9 les livres sur lesquels j\u2019ai \u00e9crit. Il est arriv\u00e9 que nous discutions avec mes chefs de rubrique successifs, mais je puis vous assurer que l\u2019on m\u2019a toujours laiss\u00e9 le dernier mot, au moment du choix. J\u2019annonce mon programme de chroniques, je v\u00e9rifie que je ne \u00ab&nbsp;doublonne&nbsp;\u00bb pas avec un autre papier, je r\u00e9dige mon article, l\u2019envoie et celui-ci para\u00eet sans alt\u00e9ration ni coupe. La relecture par le secr\u00e9tariat de r\u00e9daction se limite \u00e0 v\u00e9rifier que ne tra\u00eene ni oubli ni faute. Je communique r\u00e9guli\u00e8rement avec le responsable des pages livres, Alain Nicolas, je sais ainsi exactement comment se situe ma chronique chaque semaine, par rapport \u00e0 l\u2019actualit\u00e9 que nous allons traiter.<\/h4>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\"><strong>\u00c9crivez-vous pour d\u2019autres journaux ?<\/strong><\/h4>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Je pourrais vous dire que ma position de chroniqueur en titre m\u2019interdit moralement d\u2019\u00e9crire dans un autre organe de presse. Ce qui est l\u2019exacte v\u00e9rit\u00e9. Mais cette position est d\u2019autant plus ais\u00e9ment tenable qu\u2019en g\u00e9n\u00e9ral on ne fait appel nulle part ailleurs aux critiques de \u00ab&nbsp;L\u2019Humanit\u00e9&nbsp;\u00bb&nbsp;! On les consid\u00e8re de facto comme ext\u00e9rieurs \u00e0 la \u00ab&nbsp;famille&nbsp;\u00bb. De fa\u00e7on tout-\u00e0-fait perverse, on les ostracise en ne cessant en m\u00eame temps de vanter leur enviable ext\u00e9riorit\u00e9.<\/h4>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\"><strong>Vous semblez loin des chamailleries, copinage, cancans et pol\u00e9miques, bien plus pr\u00e8s des textes et de leurs valeurs litt\u00e9raires. Ne subissez-vous aucune pression ou \u00eates-vous plus solide ou d\u00e9tach\u00e9&nbsp;que d\u2019autres ?<\/strong><\/h4>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Contrairement aux apparences, les petites affaires d\u2019un certain marigot litt\u00e9raire, qui voudrait se faire passer pour LA vie litt\u00e9raire, ne me sont certainement pas indiff\u00e9rentes&nbsp;: j\u2019ai appris depuis belle lurette \u00e0 contextualiser&nbsp;et ne puis donc ignorer ces choses. Quand j\u2019assiste \u00e0 des op\u00e9rations de lobbying effr\u00e9n\u00e9, \u00e0 la survalorisation suspecte de textes m\u00e9diocres, \u00e0 des distributions de prix aberrantes, croyez-moi, je suis tout pr\u00e8s de me mettre \u00e0 mon clavier pour dire ma fureur. Mais je sais \u00e9galement, pour avoir un peu travaill\u00e9 sur la question, que le marketing \u00e9ditorial initi\u00e9 par les grands groupes qui contr\u00f4lent l\u2019\u00e9dition se nourrit de tout, y compris de la contradiction. Rien de tel qu\u2019une bonne pol\u00e9mique pour rendre cr\u00e9dible et faire vendre un livre insipide. J\u2019ai donc choisi de ne pas jouer ce jeu de la connivence. Et quand par exemple a paru, pr\u00e9par\u00e9 par un formidable pilonnage de l\u2019artillerie marketing, \u00ab&nbsp;La possibilit\u00e9 d\u2019une \u00eele&nbsp;\u00bb de Michel Houellebecq, j\u2019ai \u00e9crit un papier parce que j\u2019estimais le livre important, mais en d\u00e9non\u00e7ant dans mon introduction le scandaleux contexte de sa publication (mise en sc\u00e8ne de la signature du contrat, puis service de presse t\u00f4t servi \u00e0 une poign\u00e9e de critiques cens\u00e9ment \u00ab&nbsp;leaders d\u2019opinion&nbsp;\u00bb, les autres, la pi\u00e9taille, devant attendre les quelques jours pr\u00e9c\u00e9dant la mise sur le march\u00e9 du produit, puis injonctions aux jurys litt\u00e9raires\u2026)<\/h4>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Quand je sens une telle pression autour d\u2019un livre, mon r\u00e9flexe naturel est la d\u00e9fiance. Ainsi encore l\u2019an dernier, quand s\u2019est organis\u00e9e la campagne autour de Jonathan Littell. Avec les interventions comminatoires de l\u2019omnipr\u00e9sent Pierre Assouline, la pression que lui et d\u2019autres firent monter dans la semaine pr\u00e9c\u00e9dant le Goncourt. Le livre n\u2019\u00e9tait assur\u00e9ment pas insignifiant, mais prescrire aux jur\u00e9s un choix obligatoire m\u2019a alors sembl\u00e9 largement outrepasser les r\u00e8gles de la bonne critique. J\u2019observe donc une attitude de r\u00e9serve et de retrait par rapport \u00e0 cette agitation. En revanche je ne m\u2019interdis pas d\u2019intervenir quand des avis sont prononc\u00e9s sur la litt\u00e9rature contemporaine.<\/h4>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\"><strong>Vous est-il arriv\u00e9 de descendre un ouvrage. Si oui, pour quelles raisons&nbsp;?<\/strong><\/h4>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Je ne crois pas m\u2019\u00eatre jamais aventur\u00e9 \u00e0 descendre une seule \u0153uvre. Si je n\u2019appr\u00e9cie pas, je pr\u00e9f\u00e8re me taire&nbsp;: l\u2019espace dans L\u2019Humanit\u00e9 m\u2019est compt\u00e9 et j\u2019aime mieux donner envie de lire que de \u00ab&nbsp;g\u00e2cher&nbsp;\u00bb une chronique pour un \u00e9reintage qui est, de tr\u00e8s loin, l\u2019exercice le plus facile auquel un critique puisse se livrer. C\u2019est pourtant sur ce petit fond de commerce que se sont construites quelques contestables r\u00e9putations de la profession, qui ont maintenant leur si\u00e8ge sous la coupole du quai de Conti ou qui piaffent d\u2019y entrer. Pour moi, il y a quelque chose de malsain quand c\u2019est le critique qui tient la vedette, quand c\u2019est son num\u00e9ro que l\u2019on attend chaque semaine en se demandant quelle figure nouvelle du sarcasme il va bien pouvoir inventer.<\/h4>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Tout autre chose est le d\u00e9bat g\u00e9n\u00e9ral sur le profil et la valeur de la litt\u00e9rature contemporaine. Comment ne pas r\u00e9agir \u00e0 des instructions men\u00e9es r\u00e9cemment \u00e0 charge contre le roman contemporain, sans r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 aucun auteur ni aucune \u0153uvre&nbsp;? Par Tzvetan Todorov dans \u00ab&nbsp;La litt\u00e9rature en p\u00e9ril&nbsp;\u00bb, par Dominique Fernandez dans \u00ab&nbsp;L\u2019Art de raconter&nbsp;\u00bb. Le premier voyant une litt\u00e9rature fran\u00e7aise repli\u00e9e sur elle-m\u00eame, herm\u00e9tique aux mouvements du monde, le second identifiant dans Flaubert et son travail sur la langue la source d\u2019un mal qui affecterait nos jeunes auteurs. Formant \u00e0 eux deux une triste arri\u00e8re-garde, v\u00e9ritable duo de la pens\u00e9e n\u00e9oconservatrice. L\u2019ancien parangon de l\u2019avant-garde, qui th\u00e9orise aujourd\u2019hui sur une r\u00e9alit\u00e9 dont il se trouve visiblement d\u00e9connect\u00e9. L\u2019\u00e9crivain acad\u00e9mique et conventionnel, qui fait comme si le 20\u00e8me si\u00e8cle n\u2019avait pas fait bouger un tout petit peu la pratique de l\u2019art du roman. Ce qu\u2019on retrouve l\u00e0, c\u2019est l\u2019\u00e9ternel vieux m\u00e9pris des jeunes loups devenus des caciques, contre l\u2019art de leur temps. Un critique, qui par d\u00e9finition accompagne la cr\u00e9ation de son \u00e9poque, se doit alors de r\u00e9agir.<\/h4>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\"><strong>Le bagage culturel que vous glissez dans vos lignes et votre honn\u00eatet\u00e9 qui occupent vos pages sont rarissimes aujourd\u2019hui. Vos textes sont personnels, fouill\u00e9s, soign\u00e9s, bien \u00e9crits. Savoir exploiter les richesses d\u2019un opus, sans trop en dire, tout en donnant envie de le lire n\u2019est pas chose ais\u00e9e. Comment vous y prenez-vous&nbsp;?<\/strong><\/h4>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Il ne m\u2019a fallu \u00e0 l\u2019instant que quelques lignes pour dire tout le mal que je pensais de deux livres. Vous dire maintenant de quelle mani\u00e8re je m\u2019y prends avec ceux que j\u2019aime est une t\u00e2che autrement ardue. Une illustration des facilit\u00e9s de l\u2019\u00e9reintage et des difficult\u00e9s d\u2019une critique de r\u00e9flexion. Vous avez sans doute remarqu\u00e9 que deux formations ne figurent pas dans les programmes de nos universit\u00e9s et de nos grandes \u00e9coles&nbsp;: celle \u00e0 l\u2019\u00e9criture et celle \u00e0 la critique. \u00c0 cela, il y a certainement quelques raisons, ne pensez-vous pas&nbsp;? On apprend l\u2019histoire de la litt\u00e9rature et celle de la critique, et puis on s\u2019arr\u00eate l\u00e0. Or la critique est d\u2019un m\u00eame mouvement affaire de culture, affaire de go\u00fbt et affaire d\u2019\u00e9criture.<\/h4>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">La critique est impossible sans la connaissance pr\u00e9alable. Pas n\u00e9cessairement une connaissance acad\u00e9mique. Encore que cela n\u2019aide pas peu. Mais elle n\u00e9cessite d\u2019avoir beaucoup lu. Et pas seulement de la litt\u00e9rature. De l\u2019histoire aussi, de la philosophie. Une solide culture cin\u00e9matographique et musicale me semble \u00e9galement indispensable. Allez donc comprendre quelque chose \u00e0 \u00ab&nbsp;Dernier amour&nbsp;\u00bb de Christian Gailly si vous n\u2019avez aucune id\u00e9e de la musique dod\u00e9caphonique. Prenez seulement les pages d\u2019ouverture du livre en y pensant, et vous y trouverez le principe explicatif de la sensation de dissonance que vous avez tout de suite ressentie. Vous comprendrez peu de choses au \u00ab&nbsp;Paradis existe&nbsp;\u00bb du regrett\u00e9 Vincent de Swarte si vous n\u2019avez pas \u00e0 l\u2019esprit certaines images de Chagall. Vous manquerez au minimum une dimension du superbe premier roman de Marius Daniel Popescu \u00ab&nbsp;La symphonie du loup&nbsp;\u00bb si vous \u00eates \u00e9tranger \u00e0 l\u2019univers d\u2019Emir Kusturica. Je pourrais multiplier les exemples \u00e0 l\u2019infini. Vous dire que pour saisir mieux l\u2019immense port\u00e9e de telle page de \u00ab&nbsp;L\u2019Acacia&nbsp;\u00bb de Claude Simon, il faut convoquer en m\u00eame temps Euripide et Pagnol. Qu\u2019on rate une bonne moiti\u00e9 de \u00ab&nbsp;La T\u00e9l\u00e9vision&nbsp;\u00bb de Jean-Philippe Toussaint, si l\u2019on n\u2019est pas un lecteur assidu des \u00ab&nbsp;Pens\u00e9es&nbsp;\u00bb de Pascal, si l\u2019on ne sait pas le r\u00f4le central de la pens\u00e9e 194. Pour moi, d\u2019une fa\u00e7on que vous jugerez peut-\u00eatre tr\u00e8s immodeste, il faut du savoir, beaucoup de savoir, pour s\u2019aventurer \u00e0 faire de la critique.<\/h4>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ensuite il faut \u00eatre pourvu d\u2019un minimum de go\u00fbt et de flair. Pouvoir vite rep\u00e9rer ce qui rel\u00e8ve de l\u2019invention ou de la simple posture \u00e9pigonale. Discerner la v\u00e9ritable trouvaille langagi\u00e8re du banal effet de mode. Appr\u00e9cier les potentialit\u00e9s \u2013pour la narration, pour le sens, pour la compr\u00e9hension des ph\u00e9nom\u00e8nes du monde- d\u2019un nouvel angle d\u2019attaque. Si l\u2019on prend les premi\u00e8res pages des \u00ab&nbsp;Champs d\u2019honneur&nbsp;\u00bb de Jean Rouaud, l\u2019on sait imm\u00e9diatement que l\u2019on s\u2019avance sur un chemin in\u00e9dit, dont on n\u2019imagine pas encore o\u00f9 il va vous conduire. Il faut toujours accepter de se laisser porter. En cours de lecture on pointe des rep\u00e8res, on ne laisse passer aucun renseignement temporel ou spatial, on construit et rectifie sans cesse la compr\u00e9hension que l\u2019on pense avoir du texte. En juillet 1990, alors que je lisais le roman, je tenais sur le c\u00f4t\u00e9 une feuille A4 avec l\u2019arbre g\u00e9n\u00e9alogique et toutes les dates, non seulement celles en clair mais aussi les nombreuses autres que l\u2019on pouvait d\u00e9duire de remarques ins\u00e9r\u00e9es au fil de la narration, et j\u2019ai fait de nombreux calculs pour finalement parvenir \u00e0 la date-clef, essentielle mais jamais indiqu\u00e9e par Rouaud, celle de la mort du p\u00e8re. Ma fiert\u00e9 fut de recevoir, aussit\u00f4t apr\u00e8s la publication de ma chronique, une lettre de Jean Rouaud dont je peux citer les premiers mots sans tomber dans l\u2019indiscr\u00e9tion&nbsp;: \u00ab&nbsp;\u00cates-vous sorcier&nbsp;?&nbsp;\u00bb<\/h4>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Enfin il y a le travail d\u2019\u00e9criture critique, si rarement mis en avant alors qu\u2019il me semble fondamental. Je ne crois pas aux critiques de chic, qui attrapent un bout d\u2019une histoire pour suivre ensuite leur propre pente. Je ne crois pas davantage aux critiques qui prennent des allures d\u2019exercices de style. Celui qui fait ce m\u00e9tier n\u2019est pas un singe savant, mais un intercesseur entre une \u0153uvre et un public. Un guide \u00e9valuant la difficult\u00e9 d\u2019un chemin et t\u00e2chant d\u2019en rendre la fr\u00e9quentation plus s\u00fbre \u00e0 des amateurs d\u00e9sireux d\u2019acc\u00e9der \u00e0 des beaut\u00e9s plus hautes et plus fortes. Par lui, le lecteur doit pouvoir respirer d\u00e9j\u00e0 l\u2019air du livre. Sans tomber dans le mim\u00e9tisme, il est possible de faire subodorer une ambiance narrative. Pour cela, je vais lentement, je reprends sans cesse mon travail, je recherche la plus grande justesse de la phrase, je bannis comme la peste le \u00ab&nbsp;je&nbsp;\u00bb de l\u2019outrecuidance&nbsp;: comment oser venir d\u00e9poser son petit \u00ab&nbsp;je&nbsp;\u00bb \u00e0 c\u00f4t\u00e9 du \u00ab&nbsp;JE&nbsp;\u00bb majuscule de l\u2019auteur&nbsp;? Pour remplir mes trois feuillets hebdomadaires, j\u2019ai ainsi besoin d\u2019une pleine journ\u00e9e de travail. J\u2019avance \u00e0 un rythme de gast\u00e9ropode, dix lignes \u00e0 l\u2019heure. Parfois je dois m\u2019y remettre le lendemain, quand je sens que ma ligne d\u2019\u00e9criture m\u2019a \u00e9cart\u00e9 du sens profond d\u2019un livre. Commence alors un travail extraordinairement plaisant, quand je redresse peu \u00e0 peu mon texte, jauge un mot, recompose une phrase, d\u2019un coup efface plusieurs lignes qui nuisent au \u00ab&nbsp;tomb\u00e9&nbsp;\u00bb final de l\u2019article. Un \u0153il sur les \u00ab&nbsp;statistiques&nbsp;\u00bb de Word, l\u2019autre sur le d\u00e9faut de coh\u00e9rence, l\u2019impr\u00e9cision d\u2019expression, la b\u00e9vue euphonique, j\u2019avance ainsi petit \u00e0 petit jusqu\u2019au moment o\u00f9 je sens que j\u2019y suis, que rien ne pourra plus \u00eatre chang\u00e9.<\/h4>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\"><strong>D\u00e9nicheur de talent, vous critiquez des ouvrages dont peu vantent les m\u00e9rites. Comment interpr\u00e9tez-vous ce terrible constat&nbsp;?<\/strong><\/h4>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Je pourrais vous r\u00e9pondre que le trait marquant de notre \u00e9poque, malgr\u00e9 son hyper individualisme, c\u2019est \u00e9videmment sa grande uniformit\u00e9. Je r\u00eave d\u2019un Barthes qui reviendrait aujourd\u2019hui d\u00e9voiler nos \u00ab&nbsp;mythologies&nbsp;\u00bb, mettre \u00e0 nu notre \u00ab&nbsp;syst\u00e8me de la mode&nbsp;\u00bb, analyser aussi pourquoi, dans les media, on est en train de liquider l\u2019accord du participe pass\u00e9, dans un mouvement d\u2019anglicisation qui touche non pas au lexique, mais \u00e0 la structure m\u00eame de la langue.<\/h4>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">\u00c0 cette uniformit\u00e9 ambiante, je vois deux raisons principales. L\u2019une, qui tient au d\u00e9sir de se tenir au plus pr\u00e8s de l\u2019actualit\u00e9, c\u2019est-\u00e0-dire de la parution des livres. Ne pas sortir un papier le jour J ressortit presque \u00e0 une faute professionnelle dans les grands media. A tel point que vous les voyez maintenant, contre toutes les r\u00e8gles de la profession, faire para\u00eetre des articles avant les publications, \u00e0 la fa\u00e7on des bandes annonces du cin\u00e9ma. Pour certains, y compris des \u00e9diteurs, la rapidit\u00e9 de la critique est devenue le crit\u00e8re premier, bien avant sa pertinence. Il faut pr\u00e9ciser \u00e0 leur d\u00e9charge que les livres restent d\u00e9sormais peu en librairie, que l\u2019augmentation consid\u00e9rable de leur nombre ces deux derni\u00e8res d\u00e9cennies oblige \u00e0 une rotation rapide des titres, \u00e0 des retours au bout seulement de quelques semaines chez les distributeurs. Je re\u00e7ois de plus en plus des coups de fil ou des mails d\u2019\u00e9diteurs qui s\u2019inqui\u00e8tent des dates de parution des chroniques sur leurs livres. Le syst\u00e8me tourne \u00e0 une vitesse vertigineuse. Les livres qui ont la chance d\u2019avoir \u00e9t\u00e9 rendus \u00ab&nbsp;visibles&nbsp;\u00bb dans le mouvement se retrouvent sur tous les pr\u00e9sentoirs, les autres sont condamn\u00e9s \u00e0 l\u2019anonymat.<\/h4>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Le seconde raison, c\u2019est la strat\u00e9gie marketing des grands groupes&nbsp;: d\u2019un c\u00f4t\u00e9 investissement maximum, y compris couverture presse, sur quelques titres qu\u2019on pense capables de rapporter vite et gros \u2013je vous rappellerai quand m\u00eame qu\u2019une grande partie de la presse quotidienne et hebdomadaire est dans les mains du groupe Hachette-&nbsp;; de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 lancement continuel, \u00e0 toute vitesse, sans v\u00e9ritable travail de direction litt\u00e9raire, de \u00ab&nbsp;nouveaut\u00e9s&nbsp;\u00bb dont on esp\u00e8re que telle ou telle emportera le jackpot.<\/h4>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\"><strong>Comment r\u00e9sistez-vous&nbsp;?<\/strong><\/h4>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Un critique ne peut ignorer ce contexte. Que faire, sinon r\u00e9sister en ne se laissant pas impressionner par le battage et les pr\u00e9sentations superlatives de livres et d\u2019auteurs qui n\u2019en demandent peut-\u00eatre pas tant&nbsp;? Allez donc encore \u00e9crire, quand d\u00e8s votre premier roman on vous a pr\u00e9sent\u00e9 comme le nouveau Kafka ou le nouveau Faulkner&nbsp;! R\u00e9sister aussi en gardant la ma\u00eetrise de ses choix et de son temps. Par exemple lire tout de suite, pour la derni\u00e8re rentr\u00e9e, Jacques S\u00e9r\u00e9na, Claude Pujade-Renaud, Marius Daniel Popescu, Daniel de Roulet, Eug\u00e8ne Nicole, Fran\u00e7ois Emmanuel, Philippe Claudel, aller voir d\u00e8s que possible du c\u00f4t\u00e9 de Chamoiseau, del Castillo ou Taillandier, et laisser tranquillement de c\u00f4t\u00e9 ceux qu\u2019on pense de moindre int\u00e9r\u00eat, feraient-ils la une des gazettes pour les prix. R\u00e9sister enfin et surtout en prenant le temps de la vraie lecture, avec retours, prises de notes, mac\u00e9ration de la r\u00e9flexion, jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019on se sente pr\u00eat \u00e0 \u00e9crire. Le temps de la critique ne peut \u00eatre celui de la course \u00e0 l\u2019actualit\u00e9. Et quand il arrive que les deux viennent \u00e0 se croiser, comme lors de l\u2019attribution d\u2019un Nobel, je me souviens de ceux de G\u00fcnter Grass et d\u2019Elfriede Jelinek, il est alors clair que le travail forc\u00e9ment rapide du journaliste se nourrit de la m\u00e9moire litt\u00e9raire qu\u2019il s\u2019est lentement et patiemment construite au fil de ses lectures.<\/h4>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Cela me semble \u00eatre la condition n\u00e9cessaire pour voir un peu mieux, ou un peu plus loin, que la moyenne des confr\u00e8res. Pour rep\u00e9rer des sensibilit\u00e9s, des \u00e9critures nouvelles. La contrepartie de ce travail de l\u2019ombre, c\u2019est qu\u2019on se condamne aussi \u00e0 rester dans l\u2019ombre, \u00e0 laisser les bateleurs de la critique, dans le r\u00f4le des \u00ab&nbsp;bons&nbsp;\u00bb ou des \u00ab&nbsp;m\u00e9chants&nbsp;\u00bb &#8211; mais quelle diff\u00e9rence au fond&nbsp;? &#8211; occuper le devant de la sc\u00e8ne. Pas forc\u00e9ment tous des imposteurs, mais tous tournant autour des m\u00eames livres qui doivent faire l\u2019actualit\u00e9.<\/h4>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\"><strong>On tend de plus en plus vers l\u2019uniformisation des voix critiques en France. Est-ce d\u2019ordre politique ou le mal est plus profond&nbsp;?<\/strong><\/h4>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Si l\u2019on peut parler d\u2019une raison politique, c\u2019est simplement que le march\u00e9 a impos\u00e9 ses r\u00e8gles et que, contrairement \u00e0 ce qu\u2019imaginent les jobards, la libre concurrence ce n\u2019est pas la diversit\u00e9 mais la concentration et la standardisation garanties. Les gens sentent bien aussi que les critiques, de plus en plus nombreux, ont int\u00e9rioris\u00e9 les strat\u00e9gies marketing, qu\u2019ils ont une peur bleue de se retrouver \u00ab&nbsp;out&nbsp;\u00bb, de parler de Claude Pujade-Renaud quand leurs patrons ne s\u2019int\u00e9ressent qu\u2019\u00e0 la querelle Nimier\/Darrieussecq, ou aux j\u00e9r\u00e9miades de Christophe Donner, et leur demandent de la copie sur le sujet.<\/h4>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vous mettez le doigt sur un autre probl\u00e8me, celui de l\u2019espace critique, qui se r\u00e9duit chaque jour davantage. En 1992, ma chronique faisait six feuillets, aujourd\u2019hui on arrive tout juste \u00e0 trois. D\u2019une pleine page, elle s\u2019est trouv\u00e9e r\u00e9duite \u00e0 une colonne. Et je suis certainement l\u2019un des mieux trait\u00e9s. D\u2019abord parce que j\u2019existe. Combien de chroniqueurs litt\u00e9raires aujourd\u2019hui dans la presse nationale&nbsp;? On les compte sur les doigts d\u2019une main. Mais la tendance g\u00e9n\u00e9rale est au raccourcissement des articles, donc \u00e0 l\u2019appauvrissement de la pens\u00e9e. Il n\u2019est pas vrai qu\u2019on puisse atteindre au m\u00eame d\u00e9ploiement de la r\u00e9flexion, \u00e0 la m\u00eame profondeur d\u2019analyse, selon qu\u2019on dispose d\u2019une page ou de cinq. On dit que le lecteur r\u00e9clame de pouvoir lire vite, de sauter d\u2019un papier \u00e0 l\u2019autre. Je ne suis pas certain qu\u2019il \u00e9prouve un grand plaisir ni la sensation d\u2019en savoir plus apr\u00e8s la lecture d\u2019un mini article. Ce qui se passe dans la presse ne fait que refl\u00e9ter un changement plus g\u00e9n\u00e9ral. Mais quand en 2005 L\u2019Humanit\u00e9 publie le texte int\u00e9gral du projet de trait\u00e9 constitutionnel europ\u00e9en, elle fait un tabac. C\u2019est peut-\u00eatre le signe d\u2019une non concordance entre les d\u00e9sirs qu\u2019on pr\u00eate aux lecteurs et leurs v\u00e9ritables attentes. En tout cas c\u2019est pour moi la preuve qu\u2019on peut faire diff\u00e9rent et \u00eatre cependant lu, qu\u2019on peut aller vers la difficult\u00e9 et l\u2019exigence et ne pas rebuter un lectorat plus curieux qu\u2019on voudrait le faire croire.<\/h4>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\"><strong>\u00c9crivain et critique litt\u00e9raire sont deux m\u00e9tiers diff\u00e9rents. Pourtant, nombreux sont ceux aujourd\u2019hui qui portent la double casquette. Est-ce heureux&nbsp;ou dangereux ?<\/strong><\/h4>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Je n\u2019aurais garde d\u2019oublier que de grands \u00e9crivains nous ont offert des mod\u00e8les durables de lectures critiques. Sartre, dans \u00ab&nbsp;Situations&nbsp;\u00bb lisant \u00ab&nbsp;L\u2019Etranger&nbsp;\u00bb ou \u00ab&nbsp;Le bruit et la fureur&nbsp;\u00bb. Le professeur Nabokov proposant ses lectures de Gogol, Flaubert ou Proust. Tout r\u00e9cemment, Pierre Michon nous entra\u00eenant \u00e0 sa suite dans \u00ab&nbsp;Madame Bovary&nbsp;\u00bb\u2026 La pratique de l\u2019\u00e9criture romanesque et de l\u2019\u00e9criture critique ne me para\u00eet pas pr\u00e9senter d\u2019incompatibilit\u00e9 r\u00e9dhibitoire. J\u2019irai m\u00eame jusqu\u2019\u00e0 dire que les plus grands critiques, ce sont des \u00e9crivains qui r\u00e9fl\u00e9chissent \u00e0 partir de leur exp\u00e9rience propre de la langue. Cependant votre question n\u2019est pas sans pertinence, \u00e0 l\u2019aune de ce qui se produit aujourd\u2019hui. Je ne citerai pas de noms, tout le monde les conna\u00eet, mais il me para\u00eet \u00e9vident que des critiques d\u2019aujourd\u2019hui se sont mis \u00e0 \u00e9crire des romans par vanit\u00e9 peut-\u00eatre, ou illusion sur eux-m\u00eames, mais surtout parce que des \u00e9diteurs jugeaient leurs noms \u00ab&nbsp;porteurs&nbsp;\u00bb. Ces gens, qui ont en g\u00e9n\u00e9ral la dent dure \u00e0 l\u2019\u00e9gard de la cr\u00e9ation, qui n\u2019ont pas de mots assez cruels pour d\u00e9noncer ses pr\u00e9tendues d\u00e9ficiences, nous offrent le spectacle d\u2019\u00e9critures incroyablement plates et mis\u00e9rables. Un romancier peut devenir un critique. Je ne connais pas d\u2019exemple inverse.<\/h4>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\"><strong>De plus en plus de critiques ne se penchent plus sur ce qui fait la force de la litt\u00e9rature. Ne trouvez-vous pas qu\u2019elle se cantonne trop au th\u00e8me, \u00e0 l\u2019histoire, au d\u00e9triment du reste.<\/strong><\/h4>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">\u00c9videmment il est plus facile de raconter l\u2019histoire, de se cantonner au th\u00e8me. C\u2019est d\u2019ailleurs assez dans la logique du courant anti-intellectuel qui domine aujourd\u2019hui. Mais on ne peut pas englober ici tous les critiques. Un certain nombre de ceux qui ont \u00e9crit sur Jean Echenoz se sont interrog\u00e9s sur les caract\u00e9ristiques de cette langue extraordinairement innovante. Faire un papier sur \u00ab&nbsp;Certainement pas&nbsp;\u00bb de Chlo\u00e9 Delaume et s\u2019attacher aux \u00e9normes ressources po\u00e9tiques, musicales et rh\u00e9toriques de cette langue, c\u2019est aller \u00e0 contre-courant. Or c\u2019est l\u00e0 que se joue une part de l\u2019avenir de la litt\u00e9rature. Mais il faut du temps, une capacit\u00e9 d\u2019\u00e9tonnement, le courage de se plonger dans une vraie analyse, de chercher \u00e0 comprendre ce qui est en jeu dans une page qu\u2019on trouve particuli\u00e8rement r\u00e9ussie. Pour ma part, dans mon cours de mast\u00e8re, je pratique syst\u00e9matiquement avec mes \u00e9tudiants des micro-analyses, pour essayer de mettre en lumi\u00e8re le fonctionnement de la m\u00e9canique textuelle. R\u00e9cemment, lors d\u2019un colloque consacr\u00e9 \u00e0 Fran\u00e7ois Bon, \u00e0 l\u2019universit\u00e9 de Saint-Etienne, je me suis ainsi livr\u00e9 \u00e0 une analyse au ras du texte des pages d\u2019ouverture de \u00ab&nbsp;D\u00e9cor Ciment&nbsp;\u00bb. Outre un intense plaisir intellectuel, j\u2019ai trouv\u00e9, me semble-t-il, des voies d\u2019entr\u00e9e dans le texte. Au plus pr\u00e8s, je crois, de ce qui a pu se produire au moment de sa cr\u00e9ation. De ce souci de me glisser dans la m\u00e9canique du texte, mes critiques portent quelques \u00e9chos.<\/h4>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\"><strong>Que pensez-vous des revues litt\u00e9raires fran\u00e7aises&nbsp;?<\/strong><\/h4>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Aujourd\u2019hui j\u2019en pense peu de choses. Parce que, en toute honn\u00eatet\u00e9, je ne les lis gu\u00e8re. Elles pr\u00e9sentent en effet des airs de chapelles, avec leurs intol\u00e9rances proclam\u00e9es ou masqu\u00e9es, qui ne me semblent pas en phase avec la grande pluralit\u00e9 de la sc\u00e8ne litt\u00e9raire. Ou alors elles se contentent de pr\u00e9senter des textes comme des produits \u00e0 l\u2019\u00e9talage, sans le moindre substrat r\u00e9flexif. Infiniment plus int\u00e9ressants me paraissent \u00eatre certains sites litt\u00e9raires sur le Net. Je pense \u00e0 celui de Fran\u00e7ois Bon, qui est en train de donner au virtuel un v\u00e9ritable statut litt\u00e9raire. Toute flagornerie mise \u00e0 part, au v\u00f4tre aussi, qui n\u2019est pas enr\u00e9giment\u00e9 par le tempo de l\u2019\u00e9dition et du commerce.<\/h4>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\"><strong>Pourquoi luttez-vous vaillamment et depuis si longtemps&nbsp;? Par conviction, volont\u00e9 d\u2019engagement pour une cause morale ?<\/strong><\/h4>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Je crois que la litt\u00e9rature apporte un oxyg\u00e8ne indispensable, enrichit notre pr\u00e9sence au monde, nous aide \u00e0 nous \u00ab&nbsp;hisser sur nos propres \u00e9paules&nbsp;\u00bb, comme l\u2019exprimait si bien Paul Val\u00e9ry. Ma pr\u00e9occupation, c\u2019est que la litt\u00e9rature actuelle ne trouve que trop rarement une critique \u00e0 la hauteur de ses qualit\u00e9s. Quand vous voyez la presse am\u00e9ricaine parler du d\u00e9clin culturel fran\u00e7ais, vous vous d\u00eetes qu\u2019elle nous renvoie en pleine figure le discours de m\u00e9pris que l\u2019on tient ici-m\u00eame \u00e0 l\u2019\u00e9gard de la cr\u00e9ation contemporaine. Il serait temps de faire savoir que dans l\u2019espace linguistique fran\u00e7ais il existe de grands \u00e9crivains. Or les voix pr\u00e9tendument autoris\u00e9es, en vertu de comp\u00e9tences qui n\u2019ont que peu \u00e0 voir avec la litt\u00e9rature vivante, je pense par exemple \u00e0 Marc Fumaroli, ne lisent le contemporain qu\u2019avec d\u2019\u00e9normes pr\u00e9jug\u00e9s, en se drapant dans la contemplation et l\u2019admiration du pass\u00e9 litt\u00e9raire. La d\u00e9fense et l\u2019illustration du roman contemporain, telle est l\u2019une de mes principales motivations.<\/h4>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\"><strong>Le roman&nbsp;exclusivement&nbsp;? Privil\u00e9giez-vous aujourd\u2019hui, par go\u00fbt, une forme litt\u00e9raire&nbsp;?<\/strong><\/h4>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Oui, j\u2019ai un faible pour le roman, qui n\u2019est certainement pas le genre ext\u00e9nu\u00e9 que l\u2019on pr\u00e9tend voir ici ou l\u00e0. J\u2019aime lire des romans, parce que j\u2019y trouve plus s\u00fbrement qu\u2019ailleurs des \u00e9l\u00e9ments qui construisent un sens au monde dans lequel nous vivons. Et puis le roman est aujourd\u2019hui un genre multiforme, en lequel tous les autres genres viennent \u00e0 converger. Le roman est pour moi la quintessence du litt\u00e9raire. La po\u00e9sie comme la philosophie, l\u2019art comme la science y trouvent leur place. D\u2019une fa\u00e7on certes nouvelle depuis l\u2019explosion des sciences humaines au d\u00e9but des ann\u00e9es 1960. On ne con\u00e7oit ni n\u2019\u00e9crit plus de romans comme Balzac. Encore que\u2026 Mais les exemples que je vous donnais d\u2019un Gailly, d\u2019un de Swarte ou d\u2019un Toussaint, montrent pr\u00e9cis\u00e9ment que le genre s\u2019est transform\u00e9 pour rester fondamentalement lui-m\u00eame. Vous imaginez un monde sans romans&nbsp;?<\/h4>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\"><strong>Depuis que vous avez re\u00e7u le Grand prix de la critique de l&rsquo;Acad\u00e9mie fran\u00e7aise, en 2000, vous \u00eates charg\u00e9 \u2013 par des attach\u00e9s culturels ou des directeurs d\u2019instituts &#8211; de promouvoir la litt\u00e9rature fran\u00e7aise \u00e0 l&rsquo;\u00e9tranger. Comment est-elle per\u00e7ue dans les pays o\u00f9 vous vous \u00eates rendus&nbsp;?<\/strong><\/h4>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Il y a toujours beaucoup de passion dans les auditoires. Les litt\u00e9ratures de langue fran\u00e7aise b\u00e9n\u00e9ficient d\u2019un a priori favorable et il existe un fort d\u00e9sir d\u2019en mieux conna\u00eetre l\u2019\u00e9tat actuel. J\u2019ai \u00e9t\u00e9 l\u2019an dernier \u00e9poustoufl\u00e9 par le niveau de connaissance des \u00e9tudiants de l\u2019universit\u00e9 d\u2019\u00e9tat Lomonossov, \u00e0 Moscou, qui pourraient sans difficult\u00e9 en remontrer \u00e0 la plupart de leurs condisciples fran\u00e7ais. Leurs professeurs y font un travail exemplaire, qui apporte le plus convaincant des d\u00e9mentis aux d\u00e9clinologues hexagonaux. La litt\u00e9rature contemporaine n\u2019est pas cet OVNI qu\u2019on tend ici \u00e0 vouloir nous pr\u00e9senter. Elle r\u00e9pond \u00e0 des sensibilit\u00e9s et des attentes nouvelles. En France comme \u00e0 l\u2019\u00e9tranger. Il appartient \u00e0 ceux qui la fr\u00e9quentent assid\u00fbment de la faire conna\u00eetre. En somme d\u2019apporter, un peu partout dans le monde, la preuve par les \u0153uvres.<\/h4>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\"><strong>Merci beaucoup, Jean-Claude et au plaisir de vous lire encore longtemps.<\/strong><\/h4>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Merci surtout \u00e0 vous, Pascale. J\u2019ai banni le \u00ab&nbsp;je&nbsp;\u00bb de mon travail, et pourtant je me suis pris au jeu de ce d\u00e9voilement. Je sais bien qu\u2019il y a toujours dans le critique une subjectivit\u00e9 quelque part \u00e0 l\u2019\u0153uvre. Elle s\u2019est donc ici rendue visible par l\u2019exercice de ma\u00efeutique auquel vous m\u2019avez invit\u00e9. J\u2019esp\u00e8re seulement m\u2019\u00eatre fait comprendre. Avoir fait comprendre aussi ce travail de connaissance, effectu\u00e9 dans l\u2019ombre, tr\u00e8s \u00e0 l\u2019\u00e9cart de ces paillettes et de ces projecteurs qui font trop souvent rev\u00eatir au critique l\u2019habit de l\u2019amuseur et du bateleur.&nbsp;Pour ne pas dire du bouffon de la litt\u00e9rature.<\/h4>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Calou, l\u2019ivre de lecture&nbsp;: <a href=\"http:\/\/livre-de-lecture.fr\">http:\/\/livre-de-lecture.fr<\/a><\/h4>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Entretien avec Jean-Claude Lebrun r\u00e9alis\u00e9 par Pascale Arguedas \u00e0 Paris en janvier 2008 Chaque jeudi dans le journal L\u2019Humanit\u00e9, je d\u00e9vore vos chroniques litt\u00e9raires. Vous \u00eates l\u2019un des rares critiques fran\u00e7ais que j\u2019admire. 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