{"id":2363,"date":"2025-04-25T11:46:22","date_gmt":"2025-04-25T09:46:22","guid":{"rendered":"https:\/\/jclebrun.eu\/blog\/?p=2363"},"modified":"2025-04-27T10:59:50","modified_gmt":"2025-04-27T08:59:50","slug":"article-la-pensee-2010","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/jclebrun.eu\/blog\/2025\/04\/25\/article-la-pensee-2010\/","title":{"rendered":"Article \u00ab\u00a0La Pens\u00e9e\u00a0\u00bb (2010)"},"content":{"rendered":"\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; <strong>UN REALISME D\u2019AUJOURD\u2019HUI<\/strong><\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\"><strong>Le roman de langue fran\u00e7aise, dans sa part la plus inventive, a connu de consid\u00e9rables secousses \u00e0 diff\u00e9rentes p\u00e9riodes du 20<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle. La plus r\u00e9cente s\u2019est produite au milieu des ann\u00e9es 1980, au terme de trois d\u00e9cennies d\u2019exp\u00e9rimentations diverses (Nouveau Roman, Oulipo, Tel Quel\u2026)<\/strong>. <\/h4>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Si la grande majorit\u00e9 de la production n\u2019a jamais cess\u00e9 de s\u2019en tenir \u00e0 une ligne conventionnelle, invariablement conforme au \u00ab&nbsp;pacte romanesque&nbsp;\u00bb dans la tradition Balzac-Tolsto\u00ef, on a vu en effet \u00e0 cette \u00e9poque se dessiner de nouvelles pratiques d\u2019\u00e9criture, qui en m\u00eame temps int\u00e9graient les acquis multiples de la modernit\u00e9 et faisaient revenir le r\u00e9cit sur le devant de la sc\u00e8ne.<\/h4>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Une jeune g\u00e9n\u00e9ration d\u2019\u00e9crivains a alors impos\u00e9 de nouveaux th\u00e8mes et de nouvelles formes. Elle a fait revenir les deux guerres mondiales dans le champ du romanesque. Elle a fait replac\u00e9 la personne humaine au c\u0153ur des textes, avec comme cons\u00e9quences un d\u00e9veloppement spectaculaire des \u00e9critures biographiques et autobiographiques. Et surtout l\u2019apparition d\u2019une pratique in\u00e9dite, l\u2019autofiction, qui pourrait se d\u00e9finir comme une fiction se construisant \u00e0 partir de donn\u00e9es biographiques. Ou encore comme la fiction qu\u2019un \u00e9crivain se donne de lui-m\u00eame.<\/h4>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Cette g\u00e9n\u00e9ration d\u2019\u00e9crivains a \u00e9galement abord\u00e9,&nbsp; de mani\u00e8re souvent tr\u00e8s innovante, la r\u00e9alit\u00e9 des ann\u00e9es 1980 et 1990. Elle a fait entrer dans le roman des sujets comme la crise, la question des banlieues, la brutalit\u00e9 des rapports sociaux, les violences urbaines, les interrogations sur le progr\u00e8s technique et scientifique, les menaces de r\u00e9gression et de barbarie, les blanchiments de la m\u00e9moire, la perte de r\u00e9f\u00e9rences historiques, ou encore l\u2019absence de perspectives d\u2019avenir. Mais cette r\u00e9alit\u00e9 de la fin du 20<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle n\u2019a \u00e9t\u00e9 que rarement appr\u00e9hend\u00e9e de mani\u00e8re frontale, ainsi que cela avait \u00e9t\u00e9 le cas dans des \u00e9poques ant\u00e9rieures, notamment \u00e0 travers le roman social ou le roman engag\u00e9. L\u2019une des illustrations les plus significatives de ce d\u00e9placement de l\u2019angle d\u2019\u00e9criture, pour s\u2019affronter au r\u00e9el, nous a \u00e9t\u00e9 fournie, au tout d\u00e9but du mouvement, par Fran\u00e7ois Bon. D\u00e8s son premier roman,&nbsp; \u00ab&nbsp;<strong>Sortie d\u2019usine<\/strong>&nbsp;\u00bb<a id=\"_ftnref1\" href=\"#_ftn1\">[1]<\/a> en 1983, Fran\u00e7ois Bon s\u2019est en effet plac\u00e9 en dehors des proc\u00e9dures narratives du naturalisme et du r\u00e9alisme, malgr\u00e9 un titre qui paraissait tout droit l\u2019y conduire. A l\u2019inverse, il a choisi de travailler sur l\u2019usine comme lieu <em>symbolique <\/em>d\u2019une d\u00e9possession de soi. Deux d\u00e9cennies plus tard, en 2004, il r\u00e9cidivait dans \u00ab&nbsp;<strong>Daewoo<\/strong>&nbsp;\u00bb<a id=\"_ftnref2\" href=\"#_ftn2\">[2]<\/a>. S\u2019il construisait un roman autour du d\u00e9mant\u00e8lement des trois usines de produits \u00e9lectroniques du groupe cor\u00e9en en Lorraine, donc s\u2019installait <em>a priori <\/em>sur un terrain lest\u00e9 d\u2019une forte charge sociale, pas davantage que dans \u00ab&nbsp;<strong>Sortie d\u2019usine<\/strong>&nbsp;\u00bb il ne traitait le sujet de fa\u00e7on documentaire ou r\u00e9aliste. Puisqu\u2019il racontait dans son <em>roman<\/em> comment, \u00e0 partir de rencontres et d\u2019entretiens enregistr\u00e9s avec des ouvri\u00e8res de l\u2019usine Daewoo, il avait \u00e9crit sur la fermeture de l\u2019usine une pi\u00e8ce de th\u00e9\u00e2tre, qui avait \u00e9t\u00e9 ensuite&nbsp; mont\u00e9e \u00e0 Nancy. A un d\u00e9tail pr\u00e8s, mais qui n\u2019\u00e9tait pas mince et a \u00e9t\u00e9 r\u00e9v\u00e9l\u00e9 par Fran\u00e7ois Bon dans son livre suivant, \u00ab&nbsp;<strong>L\u2019Incendie du Hilton<\/strong>&nbsp;\u00bb (2009)<a id=\"_ftnref3\" href=\"#_ftn3\">[3]<\/a>&nbsp;: l\u2019\u00e9crivain ne s\u2019\u00e9tait jamais rendu sur les lieux et ces entretiens \u00e9taient compl\u00e8tement invent\u00e9s, \u00e0 partir des informations qui avaient paru sur l\u2019\u00e9v\u00e9nement. Autrement dit, il th\u00e9\u00e2tralisait dans son livre une r\u00e9alit\u00e9 qu\u2019il avait auparavant esth\u00e9tis\u00e9e, dans la mesure o\u00f9 il l\u2019avait r\u00e9invent\u00e9e. On voit bien en quoi cette pratique d\u2019\u00e9criture, aussi bien dans \u00ab&nbsp;<strong>Sortie d\u2019usine<\/strong>&nbsp;\u00bb que dans \u00ab&nbsp;<strong>Daewoo<\/strong>&nbsp;\u00bb, interrogeait le rapport de la litt\u00e9rature avec la r\u00e9alit\u00e9, dans une p\u00e9riode de bouleversements \u00e9conomiques et sociaux. Dans les deux livres, Fran\u00e7ois Bon se situait sur le terrain du social, depuis toujours in\u00e9galement arpent\u00e9 par la litt\u00e9rature. A ceci pr\u00e8s qu\u2019il en proposait une repr\u00e9sentation symbolique en rupture radicale avec la tradition. <\/h4>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Or il se trouve que la r\u00e9alit\u00e9, dans les deux derni\u00e8res d\u00e9cennies du 20<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle, s\u2019est \u00e9paissie d\u2019une foule de nouveaut\u00e9s&nbsp;: par exemple les r\u00e9cents progr\u00e8s de la science qui permettent une reproduction \u00e0 l\u2019identique du vivant par les techniques du clonage, ou la mise en question de la certitude ancestrale d\u2019un progr\u00e8s ind\u00e9fini dans la vie des hommes et des soci\u00e9t\u00e9s, ou la recherche de nouvelles formes de spiritualit\u00e9 dans un monde domin\u00e9 par le mat\u00e9rialisme, avec la marchandisation progressive de l\u2019ensemble des activit\u00e9s humaines, ou encore le d\u00e9veloppement de nouvelles techniques de communication qui r\u00e9volutionnent les notions classiques de temps et d\u2019espace. Cette situation n\u2019est pas sans similitudes avec celle des ann\u00e9es 1950 et du d\u00e9but des ann\u00e9es 1960. La nouveaut\u00e9, \u00e0 l\u2019\u00e9poque, ce fut l\u2019explosion des sciences humaines et sociales, qui eut pour cons\u00e9quence un r\u00e9tr\u00e9cissement du champ d\u2019intervention de la litt\u00e9rature. La psychologie, la psychanalyse, la linguistique et la s\u00e9miologie, la sociologie, l\u2019ethnologie, l\u2019anthropologie, l\u2019histoire, la g\u00e9ographie, les sciences politiques semblaient soudain dire plus et mieux que la litt\u00e9rature sur l\u2019\u00eatre humain, son inscription dans le social, son int\u00e9riorit\u00e9, sa langue, ses signes et ses codes.<\/h4>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Il avait d\u2019abord r\u00e9sult\u00e9 de cette r\u00e9volution intellectuelle, \u00e0 partir de 1952, le Nouveau Roman, qui en rejetant l\u2019id\u00e9e d\u2019intrigue expulsait du m\u00eame coup le sujet humain et en \u00e9vacuait la psychologie. Des objets prenaient souvent la place des protagonistes classiques. Puis en 1960 l\u2019Oulipo s\u2019\u00e9tait \u00e0 son tour constitu\u00e9, avec comme vocation programmatique le renouvellement de l\u2019acte d\u2019\u00e9criture et la syst\u00e9matisation des contraintes formelles comme dynamique romanesque. La m\u00eame ann\u00e9e Tel Quel r\u00e9voquait en doute la notion m\u00eame de litt\u00e9rature, en avan\u00e7ant que les textes s\u2019engendraient exclusivement selon des lois internes de l\u2019\u00e9criture, en dehors de l\u2019auteur. L\u2019explosion des sciences humaines, qui prenaient en charge le discours sur l\u2019\u00eatre humain, \u00e9tait donc suppos\u00e9e conduire \u00e0 la mort de la litt\u00e9rature et de l\u2019auteur. On sait ce qu\u2019il en est advenu.<\/h4>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Aujourd\u2019hui la litt\u00e9rature se trouve confront\u00e9e \u00e0 un probl\u00e8me similaire, avec l\u2019apparition en quelques ann\u00e9es de champs nouveaux des savoirs et des pratiques humaines. La diff\u00e9rence, c\u2019est que la litt\u00e9rature non seulement n\u2019abandonne pas le terrain, mais s\u2019attaque de front \u00e0 ces nouvelles probl\u00e9matiques. L\u2019\u00e9v\u00e9nement inaugural de ce changement de cap a eu lieu en 1998. Ce fut la publication des \u00ab&nbsp;<strong>Particules \u00e9l\u00e9mentaires<\/strong>&nbsp;\u00bb<a href=\"#_ftn4\" id=\"_ftnref4\">[4]<\/a>, de Michel Houellebecq. Un livre qui suscita une importante controverse, parce qu\u2019il mettait \u00e0 mal des id\u00e9es re\u00e7ues et d\u00e9rangeait des habitudes de lecture. En effet, pour la premi\u00e8re fois depuis les ruptures des ann\u00e9es 1950 et 1960, un romancier tentait de reconqu\u00e9rir le terrain perdu au profit des sciences humaines. Comment&nbsp;le faisait-il? En recourant \u00e0 la technique du collage, qui lui permettait de faire entrer dans l\u2019espace d\u2019une fiction romanesque des fragments de discours de diff\u00e9rents savoirs. Houellebecq, du coup, faisait de nouveau entrer les sciences dans le roman. Il \u00e9tait par exemple le premier \u00e0 aborder les probl\u00e8mes pos\u00e9s par la g\u00e9n\u00e9tique ou \u00e0 \u00e9voquer les questions li\u00e9es au clonage. Il abordait aussi la question de la sexualit\u00e9 sous perp\u00e9tuation de l\u2019\u00eatre, continuation de l\u2019esp\u00e8ce et principe de plaisir. En remettant de la science dans le roman, Houellebecq y faisait en m\u00eame temps revenir du r\u00e9el. Il fut \u00e0 l\u2019\u00e9poque qualifi\u00e9 de \u00ab&nbsp;<em>d\u00e9primiste<\/em>&nbsp;\u00bb par l\u2019acad\u00e9micien Jean-Marie Rouart dans un article fameux du \u00ab&nbsp;<strong>Figaro Litt\u00e9raire<\/strong>&nbsp;\u00bb<a href=\"#_ftn5\" id=\"_ftnref5\">[5]<\/a>. Ce qui n\u2019apparaissait pas injustifi\u00e9. Avec le recul on verra plus s\u00fbrement dans ce livre une v\u00e9ritable relance du r\u00e9alisme. Car ce \u00ab&nbsp;d\u00e9primisme&nbsp;\u00bb constituait bel et bien l\u2019amorce d\u2019un nouveau r\u00e9alisme, s\u2019attaquant frontalement aux nouvelles questions pos\u00e9es par les \u00e9volutions d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 post-industrielle. Comme la violence et le crime \u00e9lev\u00e9s au rang d\u2019actes de refus et de r\u00e9volte, face \u00e0 un monde domin\u00e9 par des \u00e9lites lointaines. Comme la marginalit\u00e9 en train de s\u2019\u00e9tendre et de donner naissance \u00e0 de nouvelles soci\u00e9t\u00e9s parall\u00e8les, avec leurs codes, leurs signes de reconnaissance et d\u2019appartenance, et m\u00eame leur \u00e9conomie propre, bas\u00e9e sur des&nbsp; que des pratiques illicites et des trafics. Comme la m\u00e9canique des exclusions, qui rejette les individus aussi bien de la soci\u00e9t\u00e9 traditionnelle que des communaut\u00e9s qui se d\u00e9veloppent en son sein. Comme enfin le sentiment de r\u00e9gression dans une barbarie post-moderne, en laquelle des individus se trouvent r\u00e9duits \u00e0 des comportements primitifs, comme si le temps s\u2019&nbsp;\u00e9tait invers\u00e9 et les renvoyait dans la barbarie des origines. Le roman s\u2019empare de ce r\u00e9el, en construit des sortes d\u2019images satur\u00e9es, surcharg\u00e9es, qui en accentuent les traits profonds et les font ressortir dans une aveuglante \u00e9vidence. &nbsp;<\/h4>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Michel Houellebecq a incontestablement ouvert la voie \u00e0 une g\u00e9n\u00e9ration d\u2019auteurs comme Nicolas Rey, Philippe Laffitte, Olivier Borda\u00e7arre, Olivier Maulin, J\u00e9r\u00f4me Leroy, Daniel de Roulet ou encore Gr\u00e9goire Hervier. Ceux que l\u2019on peut aujourd\u2019hui d\u00e9signer comme les \u00ab&nbsp;nouveaux r\u00e9alistes&nbsp;\u00bb au c\u00f4t\u00e9 d\u2019\u00e9crivains plus confirm\u00e9s comme Luc Lang, Fran\u00e7ois Taillandier, Emmanuel Carr\u00e8re, Fr\u00e9d\u00e9ric Beigbeder, Paul Sma\u00efl, Tassadit Imache, Raymond Bozier, G\u00e9rard Gavarry ou R\u00e9gis Jauffret. La proximit\u00e9 des uns et des autres avec Houellebecq est \u00e9vidente. Elle s\u2019affiche d\u2019ailleurs sans d\u00e9tour, et de mani\u00e8re tout \u00e0 fait embl\u00e9matique, dans \u00ab&nbsp;<strong>Etranger au paradis<\/strong>&nbsp;\u00bb<a href=\"#_ftn6\" id=\"_ftnref6\">[6]<\/a>, de Philippe Lafitte (2006), dont les pages d\u2019ouverture ne laissent effectivement aucun doute sur l\u2019inspiration. Il \u00e9voque une ru\u00e9e sauvage, dans un espace confin\u00e9. Quelques centaines de millions de concurrents se pr\u00e9cipitent \u00e0 l\u2019aveuglette vers un m\u00eame objectif&nbsp;: une membrane qu\u2019il faut imp\u00e9rativement traverser pour avoir la possibilit\u00e9 de participer \u00e0 la suite de l\u2019histoire. Sinon ils seront condamn\u00e9s \u00e0 dispara\u00eetre. On reconna\u00eet \u00e9videmment l\u2019\u00e9pisode&nbsp;: c\u2019est le moment fondateur de toute vie, trait\u00e9 ici \u00e0 la fa\u00e7on d\u2019une \u00e9pop\u00e9e du commencement. Et l\u2019on en reconna\u00eet l\u2019inspiration, qui n\u2019est autre que la r\u00e9flexion de Houellebecq sur la g\u00e9n\u00e9tique. On sait aussi que Houellebecq s\u2019int\u00e9resse aux questions de la mort et du r\u00eave d\u2019\u00e9ternit\u00e9. Or justement, cette sc\u00e8ne du tout d\u00e9but de la vie, ce n\u2019est pas un personnage neutre qui se la repr\u00e9sente, mais un vieillard qui cherche \u00e0 reconstituer ses tout premiers moments d\u2019existence. Et pour qu\u2019il n\u2019y ait aucune h\u00e9sitation sur le rapport de ce texte avec les probl\u00e9matiques houellebecquiennes, on apprend bient\u00f4t que ce vieillard est venu finir ses jours dans un h\u00f4tel g\u00e9riatrique \u00e0 Chiba, au Japon et qu\u2019une geisha s\u2019affaire \u00e0 son c\u00f4t\u00e9. Le sexe, c\u2019est la troisi\u00e8me r\u00e9f\u00e9rence de Philippe Laffitte \u00e0 Houellebecq. Il y a l\u00e0 une incontestable proximit\u00e9 th\u00e9matique. Encore renforc\u00e9e par le fait que Philippe Laffitte, comme Houellebecq, se place dans une posture anticipatrice, puisque cette sc\u00e8ne a lieu non pas aujourd\u2019hui, mais en 2032.<\/h4>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Le futur est beaucoup fr\u00e9quent\u00e9 par ces jeunes romanciers et souvent repr\u00e9sent\u00e9 par eux sous des allures cauchemardesques. Ces \u00e9critures ont \u00e9t\u00e9 pertinemment d\u00e9nomm\u00e9es \u00ab&nbsp;<em>proses d\u2019Apocalypse<\/em>&nbsp;\u00bb par Dominique Viart et Bruno Vercier, dans \u00ab&nbsp;<strong>La litt\u00e9rature fran\u00e7aise au pr\u00e9sent<\/strong>&nbsp;\u00bb<a href=\"#_ftn7\" id=\"_ftnref7\">[7]<\/a>. Houellebecq, apr\u00e8s James Gressier<a href=\"#_ftn8\" id=\"_ftnref8\">[8]<\/a>, Bernard Lamarche-Vadel<a href=\"#_ftn9\" id=\"_ftnref9\">[9]<\/a>, &nbsp;Patrick Besson<a href=\"#_ftn10\" id=\"_ftnref10\">[10]<\/a>,&nbsp; Bertrand Visage<a href=\"#_ftn11\" id=\"_ftnref11\">[11]<\/a>, ou encore Vincent de Swarte<a href=\"#_ftn12\" id=\"_ftnref12\">[12]<\/a>, en a \u00e9t\u00e9 l\u2019un des initiateurs. Ainsi dans \u00ab&nbsp;<strong>La possibilit\u00e9 d\u2019une \u00eele<\/strong>&nbsp;\u00bb<a href=\"#_ftn13\" id=\"_ftnref13\">[13]<\/a> il imagine pour nos soci\u00e9t\u00e9s un avenir gu\u00e8re enviable&nbsp;: pour les uns, un \u00e9ternel recommencement qui fait perdre son sel \u00e0 la vie&nbsp;; pour les autres, exclus de ce privil\u00e8ge, la chute dans la r\u00e9gression, la violence et la barbarie.&nbsp;&nbsp;<\/h4>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Si le personnage de Philippe Laffitte se retrouve au Japon, c\u2019est en effet parce que l\u2019Europe, sa culture et son \u00e9conomie se sont effondr\u00e9es. Un grand mouvement migratoire a pouss\u00e9 des foules d\u2019Europ\u00e9ens vers l\u2019est, jusqu\u2019\u00e0 Vladivostok o\u00f9 ils ont embarqu\u00e9 pour un archipel nippon vieilli qui veut se repeupler. L\u2019\u00e9pop\u00e9e de la naissance s\u2019est finalement transmu\u00e9e en l\u2019un de ces r\u00e9cits d\u2019Apocalypse, eux-m\u00eames fr\u00e9quemment travers\u00e9s par cette interrogation r\u00e9currente : \u00ab&nbsp;<em>Est-ce le monde dont nous avions r\u00eav\u00e9&nbsp;?<\/em>&nbsp;\u00bb. On retrouve ce questionnement chez J\u00e9r\u00f4me Leroy et Gr\u00e9goire Hervier. Dans \u00ab&nbsp;<strong>La Minute prescrite pour l\u2019assaut<\/strong>&nbsp;\u00bb (2008)<a href=\"#_ftn14\" id=\"_ftnref14\">[14]<\/a>, J\u00e9r\u00f4me Leroy&nbsp; \u00e9voque les aventures d\u2019un petit groupe d\u2019irr\u00e9ductibles contre l\u2019ultra-capitalisme en son stade ultime. Cela se passe dans notre XXIe si\u00e8cle. Sauf que l\u2019auteur proc\u00e8de \u00e0 une l\u00e9g\u00e8re anticipation. Nicolas Sarkozy a \u00e9t\u00e9 r\u00e9\u00e9lu pr\u00e9sident. Sous son autorit\u00e9, un gouvernement Dati II est \u00e0 la manoeuvre. Le tribalisme et le communautarisme se sont impos\u00e9s, des groupes autonomes errent de lieu en lieu. Dans le m\u00eame temps, le monde conna\u00eet les pires cataclysmes \u00e9cologiques, des maladies virales foudroyantes d\u00e9ciment les populations, des attentats bact\u00e9riologiques et chimiques font le reste. Partout, des adolescents riv\u00e9s \u00e0 leurs \u00e9crans de jeux vid\u00e9o se trouvent atteints de \u00ab&nbsp;cyberautisme&nbsp;\u00bb et soudain se mettent \u00e0 tuer. Dans cette fiction \u00e0 peine futuriste, J\u00e9r\u00f4me Leroy para\u00eet avoir simplement pass\u00e9 au noir intense le plus inqui\u00e9tant de notre \u00e9poque. Il a donc choisi de nous projeter dans un avatar possible de notre pr\u00e9sent. En nous plongeant dans des ambiances de barbarie extr\u00eame. En d\u00e9roulant une mani\u00e8re de road movie du nord au sud du pays, en une r\u00e9plique new age de l\u2019exode. L\u2019on y sent souvent affleurer l\u2019esprit illumin\u00e9 et morbide de \u00ab&nbsp;<strong>Pulp Fiction<\/strong>&nbsp;\u00bb, le film r\u00e9alis\u00e9 en 1994 par Quentin Tarantino. Comme chez ce cin\u00e9aste, il r\u00e8gne en effet ici une combinaison subtile d\u2019esth\u00e9tisme et de violence, que l\u2019on peut fr\u00e9quemment observer chez les \u00ab&nbsp;nouveaux r\u00e9alistes&nbsp;\u00bb.<\/h4>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">C\u2019est le cas de Gr\u00e9goire Hervier, qui dans \u00ab&nbsp;<strong>Zen City<\/strong>&nbsp;\u00bb (2009)<a href=\"#_ftn15\" id=\"_ftnref15\">[15]<\/a>, pose \u00e9galement la question d\u2019un futur apocalyptique. L\u2019argument en est simple&nbsp;: un statisticien au ch\u00f4mage est embauch\u00e9 par une soci\u00e9t\u00e9 d\u00e9nomm\u00e9e Global Live (&nbsp;!). Il part travailler dans une station de ski des Pyr\u00e9n\u00e9es reconvertie par un promoteur, \u00e0 cause du r\u00e9chauffement climatique, en cit\u00e9 du futur et rebaptis\u00e9e Zen City. Une sorte d\u2019utopie High Tech. Gr\u00e9goire Hervier \u00e9voque les tribulations de son personnage dans cet Eden New Age, o\u00f9 chacun se trouve d\u00e9charg\u00e9 des t\u00e2ches du quotidien, pour se consacrer \u00e0 son travail et ses loisirs. L\u2019utopie de Thomas More ou le phalanst\u00e8re de Charles Fourier semblent donc ici en passe d\u2019\u00eatre r\u00e9alis\u00e9s. A ceci pr\u00e8s qu\u2019un syst\u00e8me sophistiqu\u00e9 de puces \u00e9lectroniques veille sur le confort et la s\u00e9curit\u00e9 de chacun. Et v\u00e9rifie surtout que sa consommation de biens et services ne faiblit pas. Ce paradis porte \u00e9videmment l\u2019ali\u00e9nation humaine \u00e0 son stade supr\u00eame. Car Zen City, c\u2019est l\u2019univers orwellien devenu r\u00e9alit\u00e9. Comme chez J\u00e9r\u00f4me Leroy, ce r\u00e9cit d\u2019Apocalypse utilise les ressources narratives de la modernit\u00e9. Par les r\u00e9f\u00e9rences \u00e0 des musiques pop, par les liens hypertextes indiqu\u00e9s dans le corps du r\u00e9cit, ou les fen\u00eatres de podcasting int\u00e9gr\u00e9es dans le texte, par des pages de blog, des chats entre le personnage principal et d\u2019autres internautes. Il existe, en corr\u00e9lation sur l\u2019Internet, un site interactif \u00ab&nbsp;http:\/\/www.ZenCity.fr&nbsp;\u00bb, qui \u00e9largit le point de vue du livre, renvoie \u00e0 un large champ de r\u00e9f\u00e9rences (\u00ab&nbsp;<strong>Le bonheur paradoxal<\/strong>&nbsp;\u00bb<a href=\"#_ftn16\" id=\"_ftnref16\">[16]<\/a> de Gilles Lipovetsky, \u00ab&nbsp;<strong>No Logo<\/strong>&nbsp;\u00bb<a href=\"#_ftn17\" id=\"_ftnref17\">[17]<\/a> de Naomi Klein) et propose de nouvelles entr\u00e9es dans le texte. Car ce qui frappe, dans ces romans de la mouvance houellebecquienne, c\u2019est l\u2019extr\u00eame modernit\u00e9 de leur style, qui tranche avec l\u2019acad\u00e9misme de Houellebecq.<\/h4>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">&nbsp;On retrouve ces caract\u00e9ristiques chez Olivier Borda\u00e7arre, dans \u00ab&nbsp;<strong>R\u00e9gime sec<\/strong>&nbsp;\u00bb<a href=\"#_ftn18\" id=\"_ftnref18\">[18]<\/a>. La fable se joue dans les ann\u00e9es 2010 et 2011 et d\u00e9place pareillement &nbsp;de quelques crans vers le pire la logique aujourd\u2019hui \u00e0 l\u2019\u0153uvre. Cela commence par un attentat contre le si\u00e8ge d\u2019un parti politique, le PNAP, Parti de la Nouvelle Alliance Populaire. Un flash-back nous fait revenir un an auparavant et reconstitue le parcours de l\u2019un des auteurs, aujourd\u2019hui emprisonn\u00e9, de l\u2019op\u00e9ration. L\u2019horizon narratif \u00e0 partir de l\u00e0 s\u2019\u00e9largit. Un arri\u00e8re-plan se donne \u00e0 voir, qui laisse appara\u00eetre une soci\u00e9t\u00e9 o\u00f9 l\u2019argent s\u2019affiche avec arrogance, o\u00f9 l\u2019\u00ab&nbsp;<em>utopie<\/em>&nbsp;\u00bb du travail pour tous a \u00e9t\u00e9 rel\u00e9gu\u00e9e aux oubliettes. O\u00f9 les anciens clivages id\u00e9ologiques ont saut\u00e9. O\u00f9 un pr\u00e9sident new look donne le ton. Il veut mettre en avant quelques valeurs pr\u00e9tendument oubli\u00e9es comme le go\u00fbt du travail, le courage et le sens du sacrifice. Ce qu\u2019Olivier Borda\u00e7arre donne \u00e0 voir, dans cette fable f\u00e9roce, c\u2019est un processus de r\u00e9gression et de restauration, entam\u00e9 depuis des ann\u00e9es, qui touche alors \u00e0 son terme.<\/h4>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Les r\u00e9cits d\u2019Apocalypse puisent dans notre actualit\u00e9 l\u2019essentiel de leur mati\u00e8re. Olivier Maulin en offre une autre illustration. Mais chez lui le ton change\u00a0: plut\u00f4t que la dramatisation, il a choisi la loufoquerie. Dans son roman \u00ab\u00a0<strong>En attendant le roi du monde<\/strong>\u00a0\u00bb<a id=\"_ftnref19\" href=\"#_ftn19\">[19]<\/a>, il inverse en effet un sch\u00e9ma connu du pass\u00e9. Prenant un jeune couple condamn\u00e9 \u00e0 une vie mis\u00e9rable dans une cit\u00e9 de la banlieue parisienne, il le met avec quelques bagages dans un autocar, et le fait \u00e9migrer vers le nouvel Eldorado\u00a0europ\u00e9en, le\u2026Portugal, dont l\u2019essor \u00e9conomique attire d\u00e9sormais les pauvres de France. A partir de l\u00e0 des aventures en m\u00eame temps burlesques et po\u00e9tiques se succ\u00e8dent en cascade. Olivier Maulin fait le r\u00e9cit de cette transplantation, entre d\u00e9lire et hyperr\u00e9alisme, gags et visions dignes des \u00ab\u00a0<strong>Illuminations<\/strong>\u00a0\u00bb rimbaldiennes. C\u2019est encore une fois une vision tr\u00e8s noire du futur qui se d\u00e9ploie. Ensuite il faisait para\u00eetre \u00ab\u00a0<strong>Les \u00e9vangiles du lac<\/strong>\u00a0\u00bb<a id=\"_ftnref20\" href=\"#_ftn20\">[20]<\/a>, qui ne jouait plus de la distance dans le temps, entre aujourd\u2019hui et un possible futur, mais de la distance dans l\u2019espace, entre Paris et une province, un centre et une p\u00e9riph\u00e9rie. L\u2019id\u00e9e de d\u00e9part rappelle celle de Montesquieu dans \u00ab\u00a0<strong>Les lettres persanes<\/strong>\u00a0\u00bb\u00a0: choisir un personnage, le retirer de son milieu et le transplanter, avec son regard et ses habitudes de pens\u00e9es, en un autre lieu o\u00f9 tout lui appara\u00eet soudain sous les dehors de la plus grande \u00e9tranget\u00e9. Effet comique et critique garantis. Au lieu qu\u2019\u00e0 la place de Rica et Usbek d\u00e9barquant d\u2019Ispahan dans le Paris du d\u00e9but du 18<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle, c\u2019est un publicitaire parisien d\u2019aujourd\u2019hui, plut\u00f4t bobo branch\u00e9 mode, qui s\u2019aventure dans une contr\u00e9e recul\u00e9e des Vosges, que la modernit\u00e9 ne para\u00eet pas avoir encore atteinte. La vall\u00e9e de Kruth, dans le d\u00e9partement du Haut-Rhin, existe r\u00e9ellement. Le publicitaire, qui s\u2019y est transport\u00e9, ne comprend rien \u00e0 ce qui s\u2019y dit. Les habitants parlent un langage incompr\u00e9hensible. Pour lui, une sorte de charabia. En fait le dialecte alsacien. Mais pour le h\u00e9ros du roman il ne fait aucun doute qu\u2019il a \u00e9chou\u00e9 dans un monde compl\u00e8tement \u00e9tranger \u00e0 l\u2019entendement commun, puisque cet univers ignore non seulement le parler, mais aussi les modes et les objets-cultes qui font le quotidien de la vie \u00e0 Paris. Sur cette plan\u00e8te bizarre, on prend plaisir \u00e0 se retrouver b\u00eatement au caf\u00e9 pour ingurgiter de la bi\u00e8re, du vin blanc ou du schnaps et discuter de tout. Dans ce monde anormal, on s\u2019int\u00e9resse aux animaux et aux arbres et on est m\u00eame capable de les reconna\u00eetre et de leur donner un nom. Dans ce lieu improbable, on a encore de l\u2019imagination, on fait des r\u00eaves. Toute cette bizarrerie se d\u00e9ploie \u00e0 quelques dizaines de kilom\u00e8tres du monde moderne. Il suffit d\u2019un court voyage ferroviaire et l\u2019on se retrouve sur cette terre insens\u00e9e. On peut trouver l\u00e0 une vision originale de la fracture ontologique op\u00e9r\u00e9e par la modernit\u00e9.<strong> <\/strong><\/h4>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">D\u2019autres \u00e9crivains du \u00ab\u00a0Nouveau r\u00e9alisme\u00a0\u00bb empruntent des voies diff\u00e9rentes. Nicolas Rey explore plut\u00f4t l\u2019int\u00e9riorit\u00e9 des \u00eatres, celle d\u2019un adolescent d\u2019aujourd\u2019hui puis celle d\u2019un \u00e9crivain qui lui ressemble passablement. Dans \u00ab\u00a0<strong>Un d\u00e9but prometteur<\/strong>\u00a0\u00bb<a id=\"_ftnref1\" href=\"#_ftn1\">[1]<\/a>, il se r\u00e9f\u00e8re \u00e0 J\u00e9r\u00f4me-David Salinger (\u00ab\u00a0<strong>L\u2019attrape-c\u0153ur<\/strong>\u00a0\u00bb<a id=\"_ftnref2\" href=\"#_ftn2\">[2]<\/a>), mais aussi \u00e0 Stendhal, Rimbaud et Flaubert. Il \u00e9voque un gar\u00e7on de seize ans, \u00e9l\u00e8ve d\u2019un coll\u00e8ge en Normandie, qui fait son \u00e9ducation sentimentale et apprend en m\u00eame temps la douleur d\u2019\u00eatre au monde. En recherche\u00a0de paradis artificiels, multipliant les exp\u00e9riences limites. Le sexe et la pulsion de mort dominent cette prose, dont il faut souligner la beaut\u00e9. Mais celle-ci se nourrit d\u2019une r\u00e9volte. D\u2019o\u00f9 une langue aux sonorit\u00e9s superbement travaill\u00e9es. Suites de d\u00e9tonations, claquant comme autant de coups de pistolet dans le concert de la convention et de la biens\u00e9ance.\u00a0 Il y a chez Nicolas Rey une forte repr\u00e9sentation du temps contemporain. En cela, l\u2019itin\u00e9raire du narrateur s\u2019inscrit dans la coul\u00e9e de \u00ab\u00a0<strong>L\u2019Education sentimentale<\/strong>\u00a0\u00bb re\u00e7ue par Fr\u00e9d\u00e9ric Moreau dans la premi\u00e8re moiti\u00e9 du 19<sup>\u00e8me<\/sup> \u00a0si\u00e8cle. Nicolas Rey a poursuivi avec \u00ab\u00a0<strong>Un l\u00e9ger passage \u00e0 vide<\/strong>\u00a0\u00bb<a id=\"_ftnref3\" href=\"#_ftn3\">[3]<\/a>, qui propose, dans une \u00e9criture toujours attentive au mouvement de la langue, ouverte \u00e0 l\u2019afflux de nouveaut\u00e9s lexicale et syntaxiques, une sorte d\u2019\u00e9tat mental des lieux chez un intellectuel quadrag\u00e9naire parisien.<\/h4>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">A c\u00f4t\u00e9 de ces jeunes auteurs, des \u00e9crivains plus confirm\u00e9s apparaissent en proximit\u00e9 certaine avec ce nouveau courant r\u00e9aliste. Ainsi Luc Lang, qui s\u2019installe d\u2019abord dans le milieu carc\u00e9ral avec \u00ab&nbsp;<strong>Mille six cents ventres<\/strong>&nbsp;\u00bb<a href=\"#_ftn4\" id=\"_ftnref4\">[4]<\/a>. Un d\u00e9tenu, cuisinier dans une prison britannique, y met en \u0153uvre de fa\u00e7on amplifi\u00e9e et brutale les pratiques marquantes du monde ext\u00e9rieur&nbsp;: domination, manipulation, injustice, sexualit\u00e9 agressive\u2026 La langue et la tonalit\u00e9 g\u00e9n\u00e9rale du livre sont \u00e0 l\u2019unisson de cette f\u00e9rocit\u00e9. Il n\u2019est pas anodin que Luc Lang ait obtenu, pour ce roman, le prix Goncourt des lyc\u00e9ens. Ensuite, dans \u00ab&nbsp;<strong>Onze septembre mon amour<\/strong>&nbsp;\u00bb, en r\u00e9f\u00e9rence aux attentats du World Trade Center, celui-ci s\u2019interroge sur ce qui lui semble se cacher de fondamental derri\u00e8re la modernit\u00e9 des Etats-Unis. A ce moment Luc Lang s\u00e9journait dans le Montana et il avait pu observer l\u2019Am\u00e9rique profonde. Il r\u00e9fl\u00e9chit sur ce qu\u2019il avait pu voir et entendre au quotidien, apr\u00e8s les attentats. Il \u00e9voque les images de CNN qui font d\u2019abord croire \u00e0 un film catastrophe hollywoodien. Il \u00e9voque aussi l\u2019h\u00f4tel de luxe fa\u00e7on Disneyland, au milieu d\u2019une r\u00e9serve indienne, dans un rutilant paysage de montagne qu\u2019on dirait copi\u00e9 sur le g\u00e9n\u00e9rique de la Paramount, o\u00f9 t\u00f4t le matin, sangl\u00e9es dans des uniformes, des silhouettes \u00e0 la peau cuivr\u00e9e ou noire s\u2019activent en silence. Il \u00e9voque l\u2019hypermarch\u00e9 et ses d\u00e9cam\u00e8tres de lin\u00e9aires avec tous les pains possibles, mais tous&nbsp; semblablement frapp\u00e9s par la m\u00eame mollesse. Ou encore les stations-services en bordure de route, des lieux sinistres qui accueillent les \u00e9paves humaines du coin. Ce n\u2019est pas ici la po\u00e9sie triste du film de Percy Adlon \u00ab&nbsp;<strong>Bagdad Caf\u00e9<\/strong>&nbsp;\u00bb (1987), mais un bric-\u00e0-brac de high-tech et de d\u00e9sespoir, de toc et de tiers-monde, de vacarme et d\u2019\u00a0\u00bb ennui m\u00e9taphysique \u00ab\u00a0, d\u2019individualisme et de dictature du conformisme. En somme un road movie sans musique Country, dans une Am\u00e9rique terne et d\u00e9senchant\u00e9e.<\/h4>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Luc Lang, par sa richesse d\u2019inspiration et sa ma\u00eetrise de style, s\u2019impose comme l\u2019un des chefs de file incontestables du \u00abnouveau r\u00e9alisme&nbsp;\u00bb. \u00ab&nbsp;<strong>La fin des paysages<\/strong>&nbsp;\u00bb<a href=\"#_ftn5\" id=\"_ftnref5\">[5]<\/a> et \u00ab&nbsp;<strong>Esprit chien<\/strong>&nbsp;\u00bb<a href=\"#_ftn6\" id=\"_ftnref6\">[6]<\/a>, par leurs consid\u00e9rables diff\u00e9rences de tonalit\u00e9, confirment cette disposition. D\u2019un c\u00f4t\u00e9 un d\u00e9ferlement verbal de plus de cinq-cents pages, qui semble se situer dans le sillage du James Joyce de \u00ab&nbsp;<strong>Gens de Dublin<\/strong>&nbsp;\u00bb et du monologue de Molly Bloom \u00e0 la fin d\u2019 \u00ab&nbsp;<strong>Ulysse<\/strong>&nbsp;\u00bb. Cela se passe en 1988 \u00e0 Liverpool, qui portait autrefois le surnom de Little Dublin. Le thatch\u00e9risme a saign\u00e9 la ville, le paysage portuaire se trouve en voie de p\u00e9trification et l\u2019on a song\u00e9 \u00e0 la culture pour redonner un semblant d\u2019allant au vieux site &nbsp;Un tumultueux discours, avec des combinaisons d\u2019obscurit\u00e9s et de fulgurances, des jaillissements h\u00e9t\u00e9roclites, de confuses histoires intimes, charrie une masse d\u2019\u00e9l\u00e9ments composites, qui ensemble forment la figure d\u2019un univers en d\u00e9sh\u00e9rence. Le port et la ville vont \u00eatre momifi\u00e9s en un espace mus\u00e9al. Ce r\u00e9cit hach\u00e9 du pr\u00e9sent entre en collision avec des histoires archa\u00efques. De la m\u00eame fa\u00e7on que les nombreuses visions, souvent nocturnes, de la ville, du port ou de la rivi\u00e8re semblent dues au regard de quelque peintre du n\u00e9oromantisme ou de l\u2019expressionnisme. Luc Lang d\u00e9montre ici son talent de peintre du paysage urbain contemporain. D\u2019un autre c\u00f4t\u00e9, avec \u00ab&nbsp;<strong>Esprit chien<\/strong>&nbsp;\u00bb, l\u2019\u00e9crivain livre une farce d\u2019une tonalit\u00e9 f\u00e9rocement corrosive. Confirmant donc clairement qu\u2019une partie de la jeune g\u00e9n\u00e9ration romanci\u00e8re, en rupture par rapport aux pratiques ant\u00e9rieures de contournement, a d\u00e9sormais choisi d\u2019op\u00e9rer une approche frontale du r\u00e9el. Il installe pour cela sa fiction dans le c\u0153ur symbolique des d\u00e9rives et du cynisme contemporains, Neuilly-sur-Seine. On y a cr\u00e9\u00e9 une association \u00ab&nbsp;animalitaire&nbsp;\u00bb, en fait \u00e0 but tr\u00e8s lucratif, &nbsp;\u00e0 laquelle le personnage principal du roman va, \u00e0 son insu, servir de pr\u00eate-nom. A partir de l\u00e0 s\u2019enclenche une m\u00e9canique longtemps burlesque avant de tourner \u00e0 l\u2019aigre. Luc Lang construit une formidable machine \u00e0 rire, dans une langue \u00e0 la fois inventive et loufoque, pr\u00e9cise et implacable. Ce roman, c\u2019est une provocation dirig\u00e9e contre ce monde et son \u00ab&nbsp;esprit chien&nbsp;\u00bb.<\/h4>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">La provocation, c\u2019\u00e9tait aussi l\u2019arme choisie par Fr\u00e9d\u00e9ric Beigbeder, par ailleurs figure de proue des modes intellectuelles, du snobisme, du parisianisme et de l\u2019omnipr\u00e9sence m\u00e9diatique. Ce professionnel de la publicit\u00e9, cet habitu\u00e9 de tous les lieux branch\u00e9s, cet adepte des marques de luxe, quand il se consacre \u00e0 l\u2019\u00e9criture romanesque est capable en effet d\u2019un regard authentiquement critique. A l\u2019automne 2000, il faisait para\u00eetre un roman dont le titre, \u00ab&nbsp;<strong>99 francs<\/strong>&nbsp;\u00bb<a href=\"#_ftn7\" id=\"_ftnref7\">[7]<\/a> (r\u00e9actualis\u00e9 en 2002, lors du changement mon\u00e9taire, en \u00ab&nbsp;<strong>14,99 euros<\/strong>&nbsp;\u00bb) en indiquait aussi le prix. La valeur mat\u00e9rielle du livre se trouvait affich\u00e9e en couverture, ainsi que pour un objet banal de la production de masse. En fait, Beigbeder annon\u00e7ait son programme&nbsp;: la d\u00e9nonciation du mercantilisme ambiant, de la toute-puissance des objets de la consommation, du recul de l\u2019art et de l\u2019\u00eatre au b\u00e9n\u00e9fice du commerce et de l\u2019avoir. Largement nourri de sa propre biographie, son roman mettait en sc\u00e8ne un publicitaire parfaitement int\u00e9gr\u00e9 au syst\u00e8me&nbsp; et soudain victime d\u2019un licenciement. L\u2019accumulation des noms de grandes marques et l\u2019omnipr\u00e9sence des objets de la consommation de luxe montraient un monde gouvern\u00e9 par un mat\u00e9rialisme vulgaire, sans \u00e2me, \u00e0 la recherche de jouissances \u00e9go\u00efstes, non sans rapport avec des sc\u00e8nes de la d\u00e9cadence romaine telles qu\u2019on peut en rencontrer dans le \u00ab&nbsp;<strong>Satiricon<\/strong>&nbsp;\u00bb de P\u00e9trone.<\/h4>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">G\u00e9rard Gavarry, dans \u00ab&nbsp;<strong>Hop l\u00e0&nbsp;! un deux trois<\/strong>&nbsp;\u00bb<a href=\"#_ftn8\" id=\"_ftnref8\">[8]<\/a>, et Tassadit Imache, dans \u00ab&nbsp;<strong>Comme un fr\u00e8re<\/strong>&nbsp;\u00bb<a href=\"#_ftn9\" id=\"_ftnref9\">[9]<\/a>, ont pour leur part opt\u00e9 pour une immersion dans l\u2019univers d\u00e9shumanis\u00e9 des banlieues nouvelles, dans lesquelles des populations cosmopolites se croisent tandis qu\u2019en souterrain le d\u00e9sespoir, la violence et le crime trament des histoires terribles. L\u2019un et l\u2019autre se hissent hors du sordide, tournent le dos au sociologisme et \u00e0 son pendant, l\u2019ethnographisme, pour faire de ces banlieues de nouveaux espaces dramatiques, habit\u00e9s par les m\u00eames fatalit\u00e9s que les trag\u00e9dies antiques et qui, \u00e0 l\u2019instar de celles-ci, abritent des histoires qui se terminent toujours par un sacrifice humain&nbsp;: dans l\u2019antiquit\u00e9 \u00e0 quelque divinit\u00e9 aveugle, aujourd\u2019hui, aux d\u00e9sirs insatisfaits, aux besoins qu\u2019on ne peut plus refouler, \u00e0 la violence, devenue la seule loi r\u00e9gissant les rapports entre les \u00eatres.<\/h4>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Dans un esprit assez proche, Raymond Bozier, dans \u00ab&nbsp;<strong>Rocade<\/strong>&nbsp;\u00bb<a href=\"#_ftn10\" id=\"_ftnref10\">[10]<\/a>, a choisi d\u2019arpenter un paysage de friche industrielle pr\u00e8s du port de Saint-Nazaire. Un ancien hangar des chantiers navals, aujourd\u2019hui d\u00e9saffect\u00e9, est transform\u00e9 par le romancier en une sorte de nouvelle caverne platonicienne, dans laquelle s\u2019agitent et tentent de survivre des hommes r\u00e9duits \u00e0 l\u2019\u00e9tat d\u2019ombres, d\u00e9pourvus d\u2019existnec aux yeux de la soci\u00e9t\u00e9&nbsp;: des marginaux, des clochards, des ch\u00f4meurs. L\u00e0 encore le roman tourne le dos au sociologisme pour donner de cette r\u00e9alit\u00e9 des images d\u2019une po\u00e9sie brutale, charg\u00e9e de symboles. Tandis qu\u2019une bande-son, faite de chocs m\u00e9talliques, de grondements d e moteurs et d\u2019aboiements de chiens, rythme cette sombre ballade de la d\u00e9sesp\u00e9rance.<\/h4>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ce registre noir atteint un autre apog\u00e9e chez R\u00e9gis Jauffret. \u00ab&nbsp;<strong>Cl\u00e9mence Picot<\/strong>&nbsp;\u00bb<a href=\"#_ftn11\" id=\"_ftnref11\">[11]<\/a> puis \u00ab&nbsp;<strong>Promenade<\/strong>&nbsp;\u00bb<a href=\"#_ftn12\" id=\"_ftnref12\">[12]<\/a> mettent en effet en sc\u00e8ne des figures de femmes port\u00e9es l\u2019une et l\u2019autre par un d\u00e9sespoir mortel. La premi\u00e8re est une infirmi\u00e8re qui, au lieu de sauver des vies, s\u2019est fix\u00e9 comme programme de dispenser la mort autour d\u2019elle. D\u00e9j\u00e0 morte \u00e0 elle-m\u00eame, devenue orpheline de tout sentiment humain dans la cellule familiale de se jeunesse -le petit monde gentillet, \u00e9triqu\u00e9, d\u2019une petite bourgeoisie morne, enferm\u00e9e dans les petites joies et les petites peines du quotidien-, elle a donc choisi de conformer le monde alentour \u00e0 son image. Son nihilisme se retrouve chez l\u2019autre personnage de femme, qui se tient au centre de \u00ab&nbsp;<strong>Promenade<\/strong>&nbsp;\u00bb. Cette fois le romancier met en sc\u00e8ne une habitu\u00e9e, et m\u00eame une amoureuse, de l\u2019\u00e9chec, dans une spirale de la d\u00e9ch\u00e9ance volontaire, qui inscrit son livre dans une noirceur \u00e9paisse. Plus r\u00e9cemment, R\u00e9gis Jauffret a fait para\u00eetre un roman qui multiplie les prises de vue sur des accident\u00e9s de notre soci\u00e9t\u00e9&nbsp;: \u00ab&nbsp;<strong>Microfictions<\/strong>&nbsp;\u00bb<a href=\"#_ftn13\" id=\"_ftnref13\">[13]<\/a>, un livre qui organise l\u2019association paradoxale de la concision et de la prolixit\u00e9&nbsp;: 595 r\u00e9cits d\u2019une cinquantaine de lignes, class\u00e9s selon l\u2019ordre alphab\u00e9tique de leurs titres, composent en effet ce que l\u2019auteur, en couverture, a choisi de d\u00e9signer comme un \u00ab&nbsp;roman&nbsp;\u00bb. Car c\u2019est finalement une m\u00eame histoire que raconte R\u00e9gis Jauffret, celle de personnes rel\u00e9gu\u00e9es dans les marges et qui, parce que pouss\u00e9es l\u00e0, commencent aussi d\u2019avoir des comportements en marge de la normalit\u00e9. R\u00e9gis Jauffret inverse ici le processus d\u2019\u00e9criture qu\u2019il avait adopt\u00e9 pour \u00ab&nbsp;<strong>Univers, univers<\/strong>&nbsp;\u00bb<a href=\"#_ftn14\" id=\"_ftnref14\">[14]<\/a>. On se souvient qu\u2019une figure de femme dans sa cuisine, pendant la pr\u00e9paration du repas, y passait en revue l\u2019infinit\u00e9 des identit\u00e9s qui auraient pu \u00eatre les siennes, donc des vies qui auraient pu s\u2019offrir \u00e0 elle. Cette fois, c\u2019est au contraire une pl\u00e9thore de personnages qui se trouve mise en sc\u00e8ne. Des&nbsp; \u00eatres de tous \u00e2ges et de toutes conditions qui ont en commun de ne sembler conna\u00eetre que le noir de l\u2019existence. Des personnages ont v\u00e9cu des romans familiaux d\u00e9vastateurs, d\u2019autres les violences de la soci\u00e9t\u00e9, ils subissent des pouss\u00e9es de d\u00e9lire et de folie, sont entra\u00een\u00e9s dans des logiques d\u2019\u00e9chec, des drames de la solitude. R\u00e9gis Jauffret concentre dans ses r\u00e9cits, mais en le poussant \u00e0 un degr\u00e9 extr\u00eame de noirceur, tout ce qui fait qu\u2019un jour on sort de la trajectoire commune et que les barrages de la conscience, de la morale et du surmoi cessent de fonctionner. Les \u00ab&nbsp;<strong>Microfictions<\/strong>&nbsp;\u00bb de R\u00e9gis Jauffret veulent dire plus que le simple constat social, dans sa grande d\u00e9solation. Elles exhibent le quotidien banal de la d\u00e9rive et de la d\u00e9ch\u00e9ance, de l\u2019inhumanit\u00e9 et de la monstruosit\u00e9. Elles montrent aussi des strat\u00e9gies de r\u00e9sistance, quelquefois elles-m\u00eames d\u2019une semblable brutalit\u00e9. On se tient tout pr\u00e8s de l\u2019hyperr\u00e9alisme appuy\u00e9.<\/h4>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Dans ce courant du \u00ab&nbsp;nouveau r\u00e9alisme, qui s\u2019est install\u00e9 sur la sc\u00e8ne litt\u00e9raire et s\u2019\u00e9largit progressivement, Fran\u00e7ois Taillandier tient une position toute particuli\u00e8re. Car ses livres s\u2019embo\u00eetent les uns dans les autres, se r\u00e9pondent en \u00e9cho et se compl\u00e8tent. Taillandier a choisi de se poster au c\u0153ur de notre \u00e9poque et de faire venir des textes qui entrem\u00ealent, en des trames tr\u00e8s serr\u00e9es, du r\u00e9el, de la fiction et de la r\u00e9flexion. Il produit une v\u00e9ritable <em>critique<\/em> de ce temps, dans le sens noble que le 19<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle a donn\u00e9 \u00e0 ce terme. C\u2019est-\u00e0-dire un ensemble de repr\u00e9sentations du monde, d\u2019analyses fouill\u00e9es de son \u00e9tat et d\u2019hypoth\u00e8ses sur celui-ci. Pour cela, il n\u2019a pas besoin de beaucoup se d\u00e9placer. Il situe ses r\u00e9cits en des lieux connus, mais toujours consid\u00e9rablement charg\u00e9s de sens.<\/h4>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Le premier, dans \u00ab&nbsp;<strong>Des hommes qui s\u2019\u00e9loignent<\/strong>&nbsp;\u00bb<a href=\"#_ftn15\" id=\"_ftnref15\">[15]<\/a>, est le chantier du quartier de la gare Saint-Lazare, l\u2019un des \u00ab&nbsp;grands travaux&nbsp;\u00bb qui ont modifi\u00e9 le visage de la capitale. Or cette gare constitue une construction repr\u00e9sentative de la r\u00e9volution industrielle, embl\u00e9matique de l\u2019architecture m\u00e9tallique. Elle se trouve \u00eatre \u00e9galement l\u2019un des tout premiers lieux non picturaux visit\u00e9s par l\u2019art moderne&nbsp;: on pense l\u00e0 aux toiles de Claude Monet, qui la repr\u00e9sentaient en 1877 et 1878. L\u2019on peut ajouter que dans les parages imm\u00e9diats de cette m\u00eame gare Saint-Lazare vivait et recevait, exactement \u00e0 la m\u00eame \u00e9poque, St\u00e9phane Mallarm\u00e9, p\u00e8re de la modernit\u00e9 en po\u00e9sie. R\u00e9volution industrielle, r\u00e9volution de la peinture, de l\u2019\u00e9criture&nbsp;: Fran\u00e7ois Taillandier pose ensemble la question des mutations du r\u00e9el, de leur sens et de leur repr\u00e9sentation. Le deuxi\u00e8me lieu sur lequel il se porte est Marseille dans \u00ab&nbsp;<strong>Journal de Marseille<\/strong>&nbsp;\u00bb<a href=\"#_ftn16\" id=\"_ftnref16\">[16]<\/a>. Il part en l\u2019esp\u00e8ce d\u2019une repr\u00e9sentation mentale&nbsp;: Marseille telle qu\u2019il a pu l\u2019imaginer \u00e0 travers sa lecture du roman de Dumas \u00ab&nbsp;<strong>Le comte de Monte Cristo<\/strong>&nbsp;\u00bb. La vile est pour lui habit\u00e9e par des histoires qui en constituent en quelque sorte le corps invisible. L\u2019\u00e9crivain est alors celui qui voit e qui sait, qui se trouve en situation de pr\u00e9sence et de retrait et peut donc pratiquer ce qu\u2019on pourrait d\u00e9signer comme un \u00e9cart critique. \u00ab&nbsp;<em>Ce n\u2019est pas notre identit\u00e9 avec l\u2019\u00e9poque qui nous fait exister&nbsp;: c\u2019est notre distance<\/em>&nbsp;\u00bb, confirme d\u2019ailleurs Fran\u00e7ois Taillandier. Dans \u00ab&nbsp;<strong>Le cas Gentile<\/strong>&nbsp;\u00bb<a href=\"#_ftn17\" id=\"_ftnref17\">[17]<\/a> celui-ci s\u2019est transport\u00e9 \u00e0 Turin, dans la salle o\u00f9 se trouve expos\u00e9 le Saint Suaire puis sur un quai de gare o\u00f9 sont dispos\u00e9es des vitrines publicitaires qui pr\u00e9sentent des corps d\u00e9nud\u00e9s. Dans les deux cas se trouve pos\u00e9e la question de la repr\u00e9sentation par le roman&nbsp;: images triviales donnant une illusion de r\u00e9alit\u00e9 ou image en pointill\u00e9, inscrite plut\u00f4t dans l\u2019ordre de symbolique, qui change la perception des lignes et la vision de la r\u00e9alit\u00e9&nbsp;?<\/h4>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Une g\u00e9n\u00e9ration de jeunes, voire tr\u00e8s jeunes auteurs, s\u2019est engag\u00e9e \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de ces a\u00een\u00e9s dans cette d\u00e9marche r\u00e9aliste. Elle n\u2019a pas connu les d\u00e9bats sur l\u2019engagement et peut aborder la r\u00e9alit\u00e9 sans aprioris, sans vis\u00e9es th\u00e9oriques, id\u00e9ologiques ou esth\u00e9tiques. En faisant simplement confiance \u00e0 l\u2019\u00e9criture pour op\u00e9rer un d\u00e9voilement et aller plus loin que la vision commune. Ce qui, de toute \u00e9vidence, met en jeu les modalit\u00e9s de la repr\u00e9sentation romanesque.<\/h4>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<h5 class=\"wp-block-heading\"><a href=\"#_ftnref1\" id=\"_ftn1\">[1]<\/a> Au Diable Vauvert, 2003<\/h5>\n\n\n\n<h5 class=\"wp-block-heading\"><a href=\"#_ftnref2\" id=\"_ftn2\">[2]<\/a> 1951, traduction fran\u00e7aise de Jean-Baptiste Rossi (pseudonyme de S\u00e9bastien Japrisot), Robert Laffont 1953&nbsp;; version nouvelle sous le nom de S\u00e9bastien Japrisot, Robert Laffont, 1996&nbsp;;&nbsp; on conseillera la r\u00e9cente traduction d\u2019Annie Saumont, Pocket, 2005<\/h5>\n\n\n\n<h5 class=\"wp-block-heading\"><a href=\"#_ftnref3\" id=\"_ftn3\">[3]<\/a> Au Diable Vauvert, 2010<\/h5>\n\n\n\n<h5 class=\"wp-block-heading\"><a href=\"#_ftnref4\" id=\"_ftn4\">[4]<\/a> Gallimard, 1998<\/h5>\n\n\n\n<h5 class=\"wp-block-heading\"><a href=\"#_ftnref5\" id=\"_ftn5\">[5]<\/a> Stock, 2006<\/h5>\n\n\n\n<h5 class=\"wp-block-heading\"><a href=\"#_ftnref6\" id=\"_ftn6\">[6]<\/a> Stock, 2010<\/h5>\n\n\n\n<h5 class=\"wp-block-heading\"><a href=\"#_ftnref7\" id=\"_ftn7\">[7]<\/a> Grasset, 2000<\/h5>\n\n\n\n<h5 class=\"wp-block-heading\"><a href=\"#_ftnref8\" id=\"_ftn8\">[8]<\/a> POL, 2001<\/h5>\n\n\n\n<h5 class=\"wp-block-heading\"><a href=\"#_ftnref9\" id=\"_ftn9\">[9]<\/a> Actes Sud, 2000<\/h5>\n\n\n\n<h5 class=\"wp-block-heading\"><a href=\"#_ftnref10\" id=\"_ftn10\">[10]<\/a> Pauvert, 2000<\/h5>\n\n\n\n<h5 class=\"wp-block-heading\"><a href=\"#_ftnref11\" id=\"_ftn11\">[11]<\/a> Verticales, 1999<\/h5>\n\n\n\n<h5 class=\"wp-block-heading\"><a href=\"#_ftnref12\" id=\"_ftn12\">[12]<\/a> Verticales, 2001<\/h5>\n\n\n\n<h5 class=\"wp-block-heading\"><a href=\"#_ftnref13\" id=\"_ftn13\">[13]<\/a> Gallimard, 2007<\/h5>\n\n\n\n<h5 class=\"wp-block-heading\"><a href=\"#_ftnref14\" id=\"_ftn14\">[14]<\/a> Verticales, 2003<\/h5>\n\n\n\n<h5 class=\"wp-block-heading\"><a href=\"#_ftnref15\" id=\"_ftn15\">[15]<\/a> Fayard, 1997<\/h5>\n\n\n\n<h5 class=\"wp-block-heading\"><a href=\"#_ftnref16\" id=\"_ftn16\">[16]<\/a> Le Rocher, 1999<\/h5>\n\n\n\n<h5 class=\"wp-block-heading\"><a id=\"_ftn17\" href=\"#_ftnref17\">[17]<\/a> Stock, 2001<strong>\u00a0\u00a0\u00a0<\/strong><\/h5>\n\n\n\n<details class=\"wp-block-details is-layout-flow wp-block-details-is-layout-flow\"><summary><\/summary>\n<p>D\u2019autres \u00e9crivains du \u00ab&nbsp;Nouveau r\u00e9alisme&nbsp;\u00bb empruntent des voies diff\u00e9rentes. Nicolas Rey explore plut\u00f4t l\u2019int\u00e9riorit\u00e9 des \u00eatres, celle d\u2019un adolescent d\u2019aujourd\u2019hui puis celle d\u2019un \u00e9crivain qui lui ressemble passablement. Dans \u00ab&nbsp;<strong>Un d\u00e9but prometteur<\/strong>&nbsp;\u00bb<a href=\"#_ftn21\" id=\"_ftnref21\">[21]<\/a>, il se r\u00e9f\u00e8re \u00e0 J\u00e9r\u00f4me-David Salinger (\u00ab&nbsp;<strong>L\u2019attrape-c\u0153ur<\/strong>&nbsp;\u00bb<a href=\"#_ftn22\" id=\"_ftnref22\">[22]<\/a>), mais aussi \u00e0 Stendhal, Rimbaud et Flaubert. Il \u00e9voque un gar\u00e7on de seize ans, \u00e9l\u00e8ve d\u2019un coll\u00e8ge en Normandie, qui fait son \u00e9ducation sentimentale et apprend en m\u00eame temps la douleur d\u2019\u00eatre au monde. En recherche&nbsp;de paradis artificiels, multipliant les exp\u00e9riences limites. Le sexe et la pulsion de mort dominent cette prose, dont il faut souligner la beaut\u00e9. Mais celle-ci se nourrit d\u2019une r\u00e9volte. D\u2019o\u00f9 une langue aux sonorit\u00e9s superbement travaill\u00e9es. Suites de d\u00e9tonations, claquant comme autant de coups de pistolet dans le concert de la convention et de la biens\u00e9ance.&nbsp; Il y a chez Nicolas Rey une forte repr\u00e9sentation du temps contemporain. En cela, l\u2019itin\u00e9raire du narrateur s\u2019inscrit dans la coul\u00e9e de \u00ab&nbsp;<strong>L\u2019Education sentimentale<\/strong>&nbsp;\u00bb re\u00e7ue par Fr\u00e9d\u00e9ric Moreau dans la premi\u00e8re moiti\u00e9 du 19<sup>\u00e8me<\/sup> &nbsp;si\u00e8cle. Nicolas Rey a poursuivi avec \u00ab&nbsp;<strong>Un l\u00e9ger passage \u00e0 vide<\/strong>&nbsp;\u00bb<a href=\"#_ftn23\" id=\"_ftnref23\">[23]<\/a>, qui propose, dans une \u00e9criture toujours attentive au mouvement de la langue, ouverte \u00e0 l\u2019afflux de nouveaut\u00e9s lexicale et syntaxiques, une sorte d\u2019\u00e9tat mental des lieux chez un intellectuel quadrag\u00e9naire parisien.<\/p>\n\n\n\n<p>A c\u00f4t\u00e9 de ces jeunes auteurs, des \u00e9crivains plus confirm\u00e9s apparaissent en proximit\u00e9 certaine avec ce nouveau courant r\u00e9aliste. Ainsi Luc Lang, qui s\u2019installe d\u2019abord dans le milieu carc\u00e9ral avec \u00ab&nbsp;<strong>Mille six cents ventres<\/strong>&nbsp;\u00bb<a href=\"#_ftn24\" id=\"_ftnref24\">[24]<\/a>. Un d\u00e9tenu, cuisinier dans une prison britannique, y met en \u0153uvre de fa\u00e7on amplifi\u00e9e et brutale les pratiques marquantes du monde ext\u00e9rieur&nbsp;: domination, manipulation, injustice, sexualit\u00e9 agressive\u2026 La langue et la tonalit\u00e9 g\u00e9n\u00e9rale du livre sont \u00e0 l\u2019unisson de cette f\u00e9rocit\u00e9. Il n\u2019est pas anodin que Luc Lang ait obtenu, pour ce roman, le prix Goncourt des lyc\u00e9ens. Ensuite, dans \u00ab&nbsp;<strong>Onze septembre mon amour<\/strong>&nbsp;\u00bb, en r\u00e9f\u00e9rence aux attentats du World Trade Center, celui-ci s\u2019interroge sur ce qui lui semble se cacher de fondamental derri\u00e8re la modernit\u00e9 des Etats-Unis. A ce moment Luc Lang s\u00e9journait dans le Montana et il avait pu observer l\u2019Am\u00e9rique profonde. Il r\u00e9fl\u00e9chit sur ce qu\u2019il avait pu voir et entendre au quotidien, apr\u00e8s les attentats. Il \u00e9voque les images de CNN qui font d\u2019abord croire \u00e0 un film catastrophe hollywoodien. Il \u00e9voque aussi l\u2019h\u00f4tel de luxe fa\u00e7on Disneyland, au milieu d\u2019une r\u00e9serve indienne, dans un rutilant paysage de montagne qu\u2019on dirait copi\u00e9 sur le g\u00e9n\u00e9rique de la Paramount, o\u00f9 t\u00f4t le matin, sangl\u00e9es dans des uniformes, des silhouettes \u00e0 la peau cuivr\u00e9e ou noire s\u2019activent en silence. Il \u00e9voque l\u2019hypermarch\u00e9 et ses d\u00e9cam\u00e8tres de lin\u00e9aires avec tous les pains possibles, mais tous&nbsp; semblablement frapp\u00e9s par la m\u00eame mollesse. Ou encore les stations-services en bordure de route, des lieux sinistres qui accueillent les \u00e9paves humaines du coin. Ce n\u2019est pas ici la po\u00e9sie triste du film de Percy Adlon \u00ab&nbsp;<strong>Bagdad Caf\u00e9<\/strong>&nbsp;\u00bb (1987), mais un bric-\u00e0-brac de high-tech et de d\u00e9sespoir, de toc et de tiers-monde, de vacarme et d\u2019\u00a0\u00bb ennui m\u00e9taphysique \u00ab\u00a0, d\u2019individualisme et de dictature du conformisme. En somme un road movie sans musique Country, dans une Am\u00e9rique terne et d\u00e9senchant\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Luc Lang, par sa richesse d\u2019inspiration et sa ma\u00eetrise de style, s\u2019impose comme l\u2019un des chefs de file incontestables du \u00abnouveau r\u00e9alisme&nbsp;\u00bb. \u00ab&nbsp;<strong>La fin des paysages<\/strong>&nbsp;\u00bb<a href=\"#_ftn25\" id=\"_ftnref25\">[25]<\/a> et \u00ab&nbsp;<strong>Esprit chien<\/strong>&nbsp;\u00bb<a href=\"#_ftn26\" id=\"_ftnref26\">[26]<\/a>, par leurs consid\u00e9rables diff\u00e9rences de tonalit\u00e9, confirment cette disposition. D\u2019un c\u00f4t\u00e9 un d\u00e9ferlement verbal de plus de cinq-cents pages, qui semble se situer dans le sillage du James Joyce de \u00ab&nbsp;<strong>Gens de Dublin<\/strong>&nbsp;\u00bb et du monologue de Molly Bloom \u00e0 la fin d\u2019 \u00ab&nbsp;<strong>Ulysse<\/strong>&nbsp;\u00bb. Cela se passe en 1988 \u00e0 Liverpool, qui portait autrefois le surnom de Little Dublin. Le thatch\u00e9risme a saign\u00e9 la ville, le paysage portuaire se trouve en voie de p\u00e9trification et l\u2019on a song\u00e9 \u00e0 la culture pour redonner un semblant d\u2019allant au vieux site &nbsp;Un tumultueux discours, avec des combinaisons d\u2019obscurit\u00e9s et de fulgurances, des jaillissements h\u00e9t\u00e9roclites, de confuses histoires intimes, charrie une masse d\u2019\u00e9l\u00e9ments composites, qui ensemble forment la figure d\u2019un univers en d\u00e9sh\u00e9rence. Le port et la ville vont \u00eatre momifi\u00e9s en un espace mus\u00e9al. Ce r\u00e9cit hach\u00e9 du pr\u00e9sent entre en collision avec des histoires archa\u00efques. De la m\u00eame fa\u00e7on que les nombreuses visions, souvent nocturnes, de la ville, du port ou de la rivi\u00e8re semblent dues au regard de quelque peintre du n\u00e9oromantisme ou de l\u2019expressionnisme. Luc Lang d\u00e9montre ici son talent de peintre du paysage urbain contemporain. D\u2019un autre c\u00f4t\u00e9, avec \u00ab&nbsp;<strong>Esprit chien<\/strong>&nbsp;\u00bb, l\u2019\u00e9crivain livre une farce d\u2019une tonalit\u00e9 f\u00e9rocement corrosive. Confirmant donc clairement qu\u2019une partie de la jeune g\u00e9n\u00e9ration romanci\u00e8re, en rupture par rapport aux pratiques ant\u00e9rieures de contournement, a d\u00e9sormais choisi d\u2019op\u00e9rer une approche frontale du r\u00e9el. Il installe pour cela sa fiction dans le c\u0153ur symbolique des d\u00e9rives et du cynisme contemporains, Neuilly-sur-Seine. On y a cr\u00e9\u00e9 une association \u00ab&nbsp;animalitaire&nbsp;\u00bb, en fait \u00e0 but tr\u00e8s lucratif, &nbsp;\u00e0 laquelle le personnage principal du roman va, \u00e0 son insu, servir de pr\u00eate-nom. A partir de l\u00e0 s\u2019enclenche une m\u00e9canique longtemps burlesque avant de tourner \u00e0 l\u2019aigre. Luc Lang construit une formidable machine \u00e0 rire, dans une langue \u00e0 la fois inventive et loufoque, pr\u00e9cise et implacable. Ce roman, c\u2019est une provocation dirig\u00e9e contre ce monde et son \u00ab&nbsp;esprit chien&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>La provocation, c\u2019\u00e9tait aussi l\u2019arme choisie par Fr\u00e9d\u00e9ric Beigbeder, par ailleurs figure de proue des modes intellectuelles, du snobisme, du parisianisme et de l\u2019omnipr\u00e9sence m\u00e9diatique. Ce professionnel de la publicit\u00e9, cet habitu\u00e9 de tous les lieux branch\u00e9s, cet adepte des marques de luxe, quand il se consacre \u00e0 l\u2019\u00e9criture romanesque est capable en effet d\u2019un regard authentiquement critique. A l\u2019automne 2000, il faisait para\u00eetre un roman dont le titre, \u00ab&nbsp;<strong>99 francs<\/strong>&nbsp;\u00bb<a href=\"#_ftn27\" id=\"_ftnref27\">[27]<\/a> (r\u00e9actualis\u00e9 en 2002, lors du changement mon\u00e9taire, en \u00ab&nbsp;<strong>14,99 euros<\/strong>&nbsp;\u00bb) en indiquait aussi le prix. La valeur mat\u00e9rielle du livre se trouvait affich\u00e9e en couverture, ainsi que pour un objet banal de la production de masse. En fait, Beigbeder annon\u00e7ait son programme&nbsp;: la d\u00e9nonciation du mercantilisme ambiant, de la toute-puissance des objets de la consommation, du recul de l\u2019art et de l\u2019\u00eatre au b\u00e9n\u00e9fice du commerce et de l\u2019avoir. Largement nourri de sa propre biographie, son roman mettait en sc\u00e8ne un publicitaire parfaitement int\u00e9gr\u00e9 au syst\u00e8me&nbsp; et soudain victime d\u2019un licenciement. L\u2019accumulation des noms de grandes marques et l\u2019omnipr\u00e9sence des objets de la consommation de luxe montraient un monde gouvern\u00e9 par un mat\u00e9rialisme vulgaire, sans \u00e2me, \u00e0 la recherche de jouissances \u00e9go\u00efstes, non sans rapport avec des sc\u00e8nes de la d\u00e9cadence romaine telles qu\u2019on peut en rencontrer dans le \u00ab&nbsp;<strong>Satiricon<\/strong>&nbsp;\u00bb de P\u00e9trone.<\/p>\n\n\n\n<p>G\u00e9rard Gavarry, dans \u00ab&nbsp;<strong>Hop l\u00e0&nbsp;! un deux trois<\/strong>&nbsp;\u00bb<a href=\"#_ftn28\" id=\"_ftnref28\">[28]<\/a>, et Tassadit Imache, dans \u00ab&nbsp;<strong>Comme un fr\u00e8re<\/strong>&nbsp;\u00bb<a href=\"#_ftn29\" id=\"_ftnref29\">[29]<\/a>, ont pour leur part opt\u00e9 pour une immersion dans l\u2019univers d\u00e9shumanis\u00e9 des banlieues nouvelles, dans lesquelles des populations cosmopolites se croisent tandis qu\u2019en souterrain le d\u00e9sespoir, la violence et le crime trament des histoires terribles. L\u2019un et l\u2019autre se hissent hors du sordide, tournent le dos au sociologisme et \u00e0 son pendant, l\u2019ethnographisme, pour faire de ces banlieues de nouveaux espaces dramatiques, habit\u00e9s par les m\u00eames fatalit\u00e9s que les trag\u00e9dies antiques et qui, \u00e0 l\u2019instar de celles-ci, abritent des histoires qui se terminent toujours par un sacrifice humain&nbsp;: dans l\u2019antiquit\u00e9 \u00e0 quelque divinit\u00e9 aveugle, aujourd\u2019hui, aux d\u00e9sirs insatisfaits, aux besoins qu\u2019on ne peut plus refouler, \u00e0 la violence, devenue la seule loi r\u00e9gissant les rapports entre les \u00eatres.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans un esprit assez proche, Raymond Bozier, dans \u00ab&nbsp;<strong>Rocade<\/strong>&nbsp;\u00bb<a href=\"#_ftn30\" id=\"_ftnref30\">[30]<\/a>, a choisi d\u2019arpenter un paysage de friche industrielle pr\u00e8s du port de Saint-Nazaire. Un ancien hangar des chantiers navals, aujourd\u2019hui d\u00e9saffect\u00e9, est transform\u00e9 par le romancier en une sorte de nouvelle caverne platonicienne, dans laquelle s\u2019agitent et tentent de survivre des hommes r\u00e9duits \u00e0 l\u2019\u00e9tat d\u2019ombres, d\u00e9pourvus d\u2019existnec aux yeux de la soci\u00e9t\u00e9&nbsp;: des marginaux, des clochards, des ch\u00f4meurs. L\u00e0 encore le roman tourne le dos au sociologisme pour donner de cette r\u00e9alit\u00e9 des images d\u2019une po\u00e9sie brutale, charg\u00e9e de symboles. Tandis qu\u2019une bande-son, faite de chocs m\u00e9talliques, de grondements d e moteurs et d\u2019aboiements de chiens, rythme cette sombre ballade de la d\u00e9sesp\u00e9rance.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce registre noir atteint un autre apog\u00e9e chez R\u00e9gis Jauffret. \u00ab&nbsp;<strong>Cl\u00e9mence Picot<\/strong>&nbsp;\u00bb<a href=\"#_ftn31\" id=\"_ftnref31\">[31]<\/a> puis \u00ab&nbsp;<strong>Promenade<\/strong>&nbsp;\u00bb<a href=\"#_ftn32\" id=\"_ftnref32\">[32]<\/a> mettent en effet en sc\u00e8ne des figures de femmes port\u00e9es l\u2019une et l\u2019autre par un d\u00e9sespoir mortel. La premi\u00e8re est une infirmi\u00e8re qui, au lieu de sauver des vies, s\u2019est fix\u00e9 comme programme de dispenser la mort autour d\u2019elle. D\u00e9j\u00e0 morte \u00e0 elle-m\u00eame, devenue orpheline de tout sentiment humain dans la cellule familiale de se jeunesse -le petit monde gentillet, \u00e9triqu\u00e9, d\u2019une petite bourgeoisie morne, enferm\u00e9e dans les petites joies et les petites peines du quotidien-, elle a donc choisi de conformer le monde alentour \u00e0 son image. Son nihilisme se retrouve chez l\u2019autre personnage de femme, qui se tient au centre de \u00ab&nbsp;<strong>Promenade<\/strong>&nbsp;\u00bb. Cette fois le romancier met en sc\u00e8ne une habitu\u00e9e, et m\u00eame une amoureuse, de l\u2019\u00e9chec, dans une spirale de la d\u00e9ch\u00e9ance volontaire, qui inscrit son livre dans une noirceur \u00e9paisse. Plus r\u00e9cemment, R\u00e9gis Jauffret a fait para\u00eetre un roman qui multiplie les prises de vue sur des accident\u00e9s de notre soci\u00e9t\u00e9&nbsp;: \u00ab&nbsp;<strong>Microfictions<\/strong>&nbsp;\u00bb<a href=\"#_ftn33\" id=\"_ftnref33\">[33]<\/a>, un livre qui organise l\u2019association paradoxale de la concision et de la prolixit\u00e9&nbsp;: 595 r\u00e9cits d\u2019une cinquantaine de lignes, class\u00e9s selon l\u2019ordre alphab\u00e9tique de leurs titres, composent en effet ce que l\u2019auteur, en couverture, a choisi de d\u00e9signer comme un \u00ab&nbsp;roman&nbsp;\u00bb. Car c\u2019est finalement une m\u00eame histoire que raconte R\u00e9gis Jauffret, celle de personnes rel\u00e9gu\u00e9es dans les marges et qui, parce que pouss\u00e9es l\u00e0, commencent aussi d\u2019avoir des comportements en marge de la normalit\u00e9. R\u00e9gis Jauffret inverse ici le processus d\u2019\u00e9criture qu\u2019il avait adopt\u00e9 pour \u00ab&nbsp;<strong>Univers, univers<\/strong>&nbsp;\u00bb<a href=\"#_ftn34\" id=\"_ftnref34\">[34]<\/a>. On se souvient qu\u2019une figure de femme dans sa cuisine, pendant la pr\u00e9paration du repas, y passait en revue l\u2019infinit\u00e9 des identit\u00e9s qui auraient pu \u00eatre les siennes, donc des vies qui auraient pu s\u2019offrir \u00e0 elle. Cette fois, c\u2019est au contraire une pl\u00e9thore de personnages qui se trouve mise en sc\u00e8ne. Des&nbsp; \u00eatres de tous \u00e2ges et de toutes conditions qui ont en commun de ne sembler conna\u00eetre que le noir de l\u2019existence. Des personnages ont v\u00e9cu des romans familiaux d\u00e9vastateurs, d\u2019autres les violences de la soci\u00e9t\u00e9, ils subissent des pouss\u00e9es de d\u00e9lire et de folie, sont entra\u00een\u00e9s dans des logiques d\u2019\u00e9chec, des drames de la solitude. R\u00e9gis Jauffret concentre dans ses r\u00e9cits, mais en le poussant \u00e0 un degr\u00e9 extr\u00eame de noirceur, tout ce qui fait qu\u2019un jour on sort de la trajectoire commune et que les barrages de la conscience, de la morale et du surmoi cessent de fonctionner. Les \u00ab&nbsp;<strong>Microfictions<\/strong>&nbsp;\u00bb de R\u00e9gis Jauffret veulent dire plus que le simple constat social, dans sa grande d\u00e9solation. Elles exhibent le quotidien banal de la d\u00e9rive et de la d\u00e9ch\u00e9ance, de l\u2019inhumanit\u00e9 et de la monstruosit\u00e9. Elles montrent aussi des strat\u00e9gies de r\u00e9sistance, quelquefois elles-m\u00eames d\u2019une semblable brutalit\u00e9. On se tient tout pr\u00e8s de l\u2019hyperr\u00e9alisme appuy\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans ce courant du \u00ab&nbsp;nouveau r\u00e9alisme, qui s\u2019est install\u00e9 sur la sc\u00e8ne litt\u00e9raire et s\u2019\u00e9largit progressivement, Fran\u00e7ois Taillandier tient une position toute particuli\u00e8re. Car ses livres s\u2019embo\u00eetent les uns dans les autres, se r\u00e9pondent en \u00e9cho et se compl\u00e8tent. Taillandier a choisi de se poster au c\u0153ur de notre \u00e9poque et de faire venir des textes qui entrem\u00ealent, en des trames tr\u00e8s serr\u00e9es, du r\u00e9el, de la fiction et de la r\u00e9flexion. Il produit une v\u00e9ritable <em>critique<\/em> de ce temps, dans le sens noble que le 19<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle a donn\u00e9 \u00e0 ce terme. C\u2019est-\u00e0-dire un ensemble de repr\u00e9sentations du monde, d\u2019analyses fouill\u00e9es de son \u00e9tat et d\u2019hypoth\u00e8ses sur celui-ci. Pour cela, il n\u2019a pas besoin de beaucoup se d\u00e9placer. Il situe ses r\u00e9cits en des lieux connus, mais toujours consid\u00e9rablement charg\u00e9s de sens.<\/p>\n\n\n\n<p>Le premier, dans \u00ab&nbsp;<strong>Des hommes qui s\u2019\u00e9loignent<\/strong>&nbsp;\u00bb<a href=\"#_ftn35\" id=\"_ftnref35\">[35]<\/a>, est le chantier du quartier de la gare Saint-Lazare, l\u2019un des \u00ab&nbsp;grands travaux&nbsp;\u00bb qui ont modifi\u00e9 le visage de la capitale. Or cette gare constitue une construction repr\u00e9sentative de la r\u00e9volution industrielle, embl\u00e9matique de l\u2019architecture m\u00e9tallique. Elle se trouve \u00eatre \u00e9galement l\u2019un des tout premiers lieux non picturaux visit\u00e9s par l\u2019art moderne&nbsp;: on pense l\u00e0 aux toiles de Claude Monet, qui la repr\u00e9sentaient en 1877 et 1878. L\u2019on peut ajouter que dans les parages imm\u00e9diats de cette m\u00eame gare Saint-Lazare vivait et recevait, exactement \u00e0 la m\u00eame \u00e9poque, St\u00e9phane Mallarm\u00e9, p\u00e8re de la modernit\u00e9 en po\u00e9sie. R\u00e9volution industrielle, r\u00e9volution de la peinture, de l\u2019\u00e9criture&nbsp;: Fran\u00e7ois Taillandier pose ensemble la question des mutations du r\u00e9el, de leur sens et de leur repr\u00e9sentation. Le deuxi\u00e8me lieu sur lequel il se porte est Marseille dans \u00ab&nbsp;<strong>Journal de Marseille<\/strong>&nbsp;\u00bb<a href=\"#_ftn36\" id=\"_ftnref36\">[36]<\/a>. Il part en l\u2019esp\u00e8ce d\u2019une repr\u00e9sentation mentale&nbsp;: Marseille telle qu\u2019il a pu l\u2019imaginer \u00e0 travers sa lecture du roman de Dumas \u00ab&nbsp;<strong>Le comte de Monte Cristo<\/strong>&nbsp;\u00bb. La vile est pour lui habit\u00e9e par des histoires qui en constituent en quelque sorte le corps invisible. L\u2019\u00e9crivain est alors celui qui voit e qui sait, qui se trouve en situation de pr\u00e9sence et de retrait et peut donc pratiquer ce qu\u2019on pourrait d\u00e9signer comme un \u00e9cart critique. \u00ab&nbsp;<em>Ce n\u2019est pas notre identit\u00e9 avec l\u2019\u00e9poque qui nous fait exister&nbsp;: c\u2019est notre distance<\/em>&nbsp;\u00bb, confirme d\u2019ailleurs Fran\u00e7ois Taillandier. Dans \u00ab&nbsp;<strong>Le cas Gentile<\/strong>&nbsp;\u00bb<a href=\"#_ftn37\" id=\"_ftnref37\">[37]<\/a> celui-ci s\u2019est transport\u00e9 \u00e0 Turin, dans la salle o\u00f9 se trouve expos\u00e9 le Saint Suaire puis sur un quai de gare o\u00f9 sont dispos\u00e9es des vitrines publicitaires qui pr\u00e9sentent des corps d\u00e9nud\u00e9s. Dans les deux cas se trouve pos\u00e9e la question de la repr\u00e9sentation par le roman&nbsp;: images triviales donnant une illusion de r\u00e9alit\u00e9 ou image en pointill\u00e9, inscrite plut\u00f4t dans l\u2019ordre de symbolique, qui change la perception des lignes et la vision de la r\u00e9alit\u00e9&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Une g\u00e9n\u00e9ration de jeunes, voire tr\u00e8s jeunes auteurs, s\u2019est engag\u00e9e \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de ces a\u00een\u00e9s dans cette d\u00e9marche r\u00e9aliste. Elle n\u2019a pas connu les d\u00e9bats sur l\u2019engagement et peut aborder la r\u00e9alit\u00e9 sans aprioris, sans vis\u00e9es th\u00e9oriques, id\u00e9ologiques ou esth\u00e9tiques. En faisant simplement confiance \u00e0 l\u2019\u00e9criture pour op\u00e9rer un d\u00e9voilement et aller plus loin que la vision commune. Ce qui, de toute \u00e9vidence, met en jeu les modalit\u00e9s de la repr\u00e9sentation romanesque.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref1\" id=\"_ftn1\">[1]<\/a> Editions de Minuit<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref2\" id=\"_ftn2\">[2]<\/a> Fayard<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref3\" id=\"_ftn3\">[3]<\/a> Albin Michel<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref4\" id=\"_ftn4\">[4]<\/a> Flammarion<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref5\" id=\"_ftn5\">[5]<\/a> 15\/10\/1998<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref6\" id=\"_ftn6\">[6]<\/a> Buchet-Chastel<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref7\" id=\"_ftn7\">[7]<\/a> Bordas, 2005. Deuxi\u00e8me \u00e9dition augment\u00e9e, Bordas 2008<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref8\" id=\"_ftn8\">[8]<\/a> \u00ab&nbsp;<strong>La Saint Sylvestre des Barbares<\/strong>&nbsp;\u00bb, Editions Ledrappier, 1987&nbsp;; \u00ab&nbsp;<strong>Le retour du chasseur<\/strong>&nbsp;\u00bb, Ph\u00e9bus, 1998<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref9\" id=\"_ftn9\">[9]<\/a> \u00ab&nbsp;<strong>V\u00e9t\u00e9rinaires<\/strong>&nbsp;\u00bb, Gallimard, 1993&nbsp;; \u00ab&nbsp;<strong>Tout casse<\/strong>&nbsp;\u00bb, Gallimard, 1995<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref10\" id=\"_ftn10\">[10]<\/a> \u00ab&nbsp;<strong>Les Braban<\/strong>&nbsp;\u00bb, Albin Michel, 1995<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref11\" id=\"_ftn11\">[11]<\/a> \u00ab&nbsp;<strong>Un vieux c\u0153ur<\/strong>&nbsp;\u00bb, Le Seuil, 2001<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref12\" id=\"_ftn12\">[12]<\/a> \u00ab&nbsp;<strong>Le paradis existe<\/strong>&nbsp;\u00bb, Pauvert, 2001<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref13\" id=\"_ftn13\">[13]<\/a> Fayard, 2005<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref14\" id=\"_ftn14\">[14]<\/a> Mille et une Nuits<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref15\" id=\"_ftn15\">[15]<\/a> Au Diable Vauvert<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref16\" id=\"_ftn16\">[16]<\/a> Gallimard, 2006<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref17\" id=\"_ftn17\">[17]<\/a> Actes Sud, 2001<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref18\" id=\"_ftn18\">[18]<\/a> Fayard, 2008<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref19\" id=\"_ftn19\">[19]<\/a> L\u2019Esprit des P\u00e9ninsules, 2006<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref20\" id=\"_ftn20\">[20]<\/a> L\u2019Esprit des P\u00e9ninsules, 2008<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref21\" id=\"_ftn21\">[21]<\/a> Au Diable Vauvert, 2003<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref22\" id=\"_ftn22\">[22]<\/a> 1951, traduction fran\u00e7aise de Jean-Baptiste Rossi (pseudonyme de S\u00e9bastien Japrisot), Robert Laffont 1953&nbsp;; version nouvelle sous le nom de S\u00e9bastien Japrisot, Robert Laffont, 1996&nbsp;;&nbsp; on conseillera la r\u00e9cente traduction d\u2019Annie Saumont, Pocket, 2005<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref23\" id=\"_ftn23\">[23]<\/a> Au Diable Vauvert, 2010<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref24\" id=\"_ftn24\">[24]<\/a> Gallimard, 1998<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref25\" id=\"_ftn25\">[25]<\/a> Stock, 2006<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref26\" id=\"_ftn26\">[26]<\/a> Stock, 2010<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref27\" id=\"_ftn27\">[27]<\/a> Grasset, 2000<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref28\" id=\"_ftn28\">[28]<\/a> POL, 2001<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref29\" id=\"_ftn29\">[29]<\/a> Actes Sud, 2000<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref30\" id=\"_ftn30\">[30]<\/a> Pauvert, 2000<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref31\" id=\"_ftn31\">[31]<\/a> Verticales, 1999<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref32\" id=\"_ftn32\">[32]<\/a> Verticales, 2001<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref33\" id=\"_ftn33\">[33]<\/a> Gallimard, 2007<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref34\" id=\"_ftn34\">[34]<\/a> Verticales, 2003<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref35\" id=\"_ftn35\">[35]<\/a> Fayard, 1997<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref36\" id=\"_ftn36\">[36]<\/a> Le Rocher, 1999<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref37\" id=\"_ftn37\">[37]<\/a> Stock, 2001<\/p>\n<\/details>\n\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; UN REALISME D\u2019AUJOURD\u2019HUI Le roman de langue fran\u00e7aise, dans sa part la plus inventive, a connu de consid\u00e9rables secousses \u00e0 diff\u00e9rentes p\u00e9riodes du 20\u00e8me si\u00e8cle. 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