{"id":2735,"date":"2025-12-10T10:35:26","date_gmt":"2025-12-10T09:35:26","guid":{"rendered":"https:\/\/jclebrun.eu\/blog\/?p=2735"},"modified":"2025-12-10T10:44:21","modified_gmt":"2025-12-10T09:44:21","slug":"jean-dormesson","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/jclebrun.eu\/blog\/2025\/12\/10\/jean-dormesson\/","title":{"rendered":"Jean d&rsquo;ORMESSON"},"content":{"rendered":"\n<h4 class=\"wp-block-heading alignfull has-text-align-center\"><strong>L\u2019in\u00e9dit de Jean d\u2019Ormesson \u00ab\u00a0<em>Quand l\u2019Enchanteur vint au monde<\/em>\u00a0\u00bb a paru \u00e0 l\u2019occasion du centenaire de la naissance de l\u2019\u00e9crivain disparu en 2017. Il s\u2019agit d\u2019une \u0153uvre de jeunesse. R\u00e9dig\u00e9e en 1958, elle fut retrouv\u00e9e en juin 2025 dans un placard parmi d\u2019autres archives\u00a0: une centaine de pages gliss\u00e9es au milieu du manuscrit de \u00ab\u00a0<em>L\u2019amour est un plaisir<\/em>\u00a0\u00bb, le premier roman de l\u2019acad\u00e9micien publi\u00e9 en 1956.<\/strong> \u00a0\u00a0<\/h4>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image alignleft size-medium\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"202\" height=\"300\" src=\"https:\/\/jclebrun.eu\/blog\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/IMG_20251210_0001-202x300.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-2737\" style=\"aspect-ratio:9\/16;object-fit:cover\" srcset=\"https:\/\/jclebrun.eu\/blog\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/IMG_20251210_0001-202x300.jpg 202w, https:\/\/jclebrun.eu\/blog\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/IMG_20251210_0001-689x1024.jpg 689w, https:\/\/jclebrun.eu\/blog\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/IMG_20251210_0001-768x1141.jpg 768w, https:\/\/jclebrun.eu\/blog\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/IMG_20251210_0001-1034x1536.jpg 1034w, https:\/\/jclebrun.eu\/blog\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/IMG_20251210_0001-1378x2048.jpg 1378w, https:\/\/jclebrun.eu\/blog\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/IMG_20251210_0001.jpg 1432w\" sizes=\"auto, (max-width: 202px) 100vw, 202px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">S\u2019il ne fait pas de doute que ce texte fut r\u00e9dig\u00e9 sous le coup d\u2019un puissant enthousiasme litt\u00e9raire, il en porte les qualit\u00e9s et les d\u00e9fauts, on peut aussi d\u00e9j\u00e0 y trouver les principales caract\u00e9ristiques de l\u2019\u00e9criture \u00e9l\u00e9gante et charmeuse qui a fait la renomm\u00e9e de Jean d\u2019Ormesson. Il est en effet ici question de Fran\u00e7ois-Ren\u00e9 de Chateaubriand, pour lequel celui qui sortait alors de Normale Sup manifestait une admiration qui par la suite jamais ne s\u2019\u00e9tait d\u00e9mentie. En 1982 il faisait para\u00eetre une \u0153uvre nettement plus aboutie \u00ab&nbsp;<strong><em>Mon dernier r\u00eave sera pour vous<\/em><\/strong>&nbsp;\u00bb, biographie tr\u00e8s personnelle du vicomte dans l\u2019esprit primesautier des deux volumes d\u2019\u00ab&nbsp;<strong><em>Une autre histoire de la litt\u00e9rature fran\u00e7aise<\/em><\/strong>&nbsp;\u00bb (1997 et 1999). Ce compagnonnage d\u2019une vie n\u2019est \u00e9videmment pas d\u00fb au hasard, tant Jean d\u2019Ormesson voyait dans l\u2019auteur de \u00ab&nbsp;<strong><em>Ren\u00e9<\/em><\/strong>&nbsp;\u00bb un mod\u00e8le et une mani\u00e8re de pr\u00e9curseur. Du moins dans une commune attitude d\u2019adh\u00e9sion en m\u00eame temps que de distance critique par rapport aux mondes dans lesquels il leur fut donn\u00e9 de vivre. La R\u00e9volution, l\u2019Empire puis la Restauration pour le natif de Saint-Malo, les convulsions du XX\u00e8me et les r\u00e9gressions du XXI\u00e8me si\u00e8cle pour l\u2019h\u00e9ritier de Saint-Fargeau. Nul doute que ce \u00ab&nbsp;<em>nageur entre deux rives<\/em>&nbsp;\u00bb, ainsi que l\u2019indique tr\u00e8s pertinemment dans sa pr\u00e9face l\u2019\u00e9ditrice du livre H\u00e9lo\u00efse d\u2019Ormesson, la &nbsp;fille de l\u2019acad\u00e9micien, n\u2019ait \u00e9t\u00e9 source d\u2019inspiration pour celui-ci.<\/h4>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<h4 class=\"wp-block-heading\"><strong>Le jeune auteur &nbsp;annonce l\u2019\u00e9crivain confirm\u00e9 dont on appr\u00e9ciera tellement l\u2019agilit\u00e9 d\u2019esprit<\/strong><\/h4>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Quand on aborde cet in\u00e9dit, fond\u00e9 sur une connaissance d\u00e9j\u00e0 approfondie de Chateaubriand, l\u2019on se trouve imm\u00e9diatement frapp\u00e9 par la profusion des citations. Habitude de normalien sans doute, mais plus encore peut-\u00eatre r\u00e9v\u00e9lation de l\u2019attitude r\u00e9v\u00e9rencieuse qu\u2019observe Jean d\u2019Ormesson \u00e0 l\u2019\u00e9gard de celui-ci. Il y a chez notre contemporain de l\u2019admiration autant que de l\u2019identification. Sa vie durant il ne cessera d\u2019ailleurs de se poser sinon en <em>alter ego<\/em> du moins en proximit\u00e9 avec le grand auteur classique. Dans son r\u00e9cit, qui restitue dans son int\u00e9gralit\u00e9 le cours d\u2019une vie dans sa chronologie, pointe d\u00e9j\u00e0 ce qui constituera une marque de fabrique&nbsp;: la capacit\u00e9 \u00e0 faire le lien avec le pr\u00e9sent de l\u2019\u0153uvre qui s\u2019\u00e9crit. Il est ainsi question de James Dean dans \u00ab&nbsp;<strong><em>La Fureur de vivre<\/em><\/strong>&nbsp;\u00bb, le film r\u00e9alis\u00e9 par Nicholas Rey en 1955. Le jeune auteur &nbsp;annonce en l\u2019esp\u00e8ce l\u2019\u00e9crivain confirm\u00e9 dont on appr\u00e9ciera tellement l\u2019agilit\u00e9 d\u2019esprit. Ici en effet l\u2019on assiste \u00e0 une mise en parall\u00e8le entre les jeux dangereux, face aux d\u00e9ferlantes de l\u2019oc\u00e9an, auxquels aimait s\u2019adonner le jeune aristocrate en compagnie de \u00ab&nbsp;<em>voyous<\/em>&nbsp;\u00bb, dans les ann\u00e9es qui pr\u00e9c\u00e9d\u00e8rent la R\u00e9volution, et des d\u00e9fis de semblable nature, des voitures lanc\u00e9es \u00e0 fond vers le bord d\u2019une falaise, que se lan\u00e7aient des enfants de la classe moyenne am\u00e9ricaine au sortir de la Seconde guerre mondiale. \u00ab&nbsp;<em>Ainsi s\u2019exerce, hier comme aujourd\u2019hui, l\u2019ardeur des jeunes gens, pour qui vivre est plus que vivre<\/em>&nbsp;\u00bb, conclut celui qui \u00e9crit, dont on peut imaginer qu\u2019il ne fut certainement pas tent\u00e9 par de telles audaces.<\/h4>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<h4 class=\"wp-block-heading\"><strong>Il ne r\u00e9serva pas ses penchants litt\u00e9raires \u00e0 ceux de son camp<\/strong><\/h4>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Lisant \u00ab&nbsp;<strong><em>Quand l\u2019Enchanteur vint au monde<\/em><\/strong>&nbsp;\u00bb, l\u2019on se trouve conduit \u00e0 ouvrir des livres plus tardifs, ceux de la maturit\u00e9 et de la c\u00e9l\u00e9brit\u00e9 litt\u00e9raires, quand Jean d\u2019O faisait les d\u00e9lices des m\u00e9dias audiovisuels. Plus aucune citation, alors que son in\u00e9dit \u00e9tait litt\u00e9ralement submerg\u00e9 sous la vague. Au fran\u00e7ais certes de tr\u00e8s bonne venue s\u2019est substitu\u00e9 un <em>style<\/em>. Mais surtout persiste un refus de la convention. Bien plus qu\u2019une pose, comme n\u2019en ont jamais cess\u00e9 de le&nbsp; soup\u00e7onner ses contempteurs. Celui qui fut entre 1974 et 1977 un directeur tr\u00e8s pugnace du <em>Figaro<\/em> avait ceci de commun avec l\u2019aristocrate qui se m\u00eala de politique et acc\u00e9da de nombreuses fois \u00e0 des fonctions minist\u00e9rielles, qu\u2019il n\u2019abdiqua \u00e0 aucun moment sa libert\u00e9 de penser. A son instar il ne r\u00e9serva pas ses penchants litt\u00e9raires \u00e0 ceux de son camp. Dans un livre qui annonce une grande constante de cette \u00e9criture, la multiplicit\u00e9 des r\u00e9f\u00e9rences, en l\u2019occurrence de Sainte-Beuve \u00e0 Aragon, c\u2019est l\u2019\u00e9crivain de la maturit\u00e9 qui d\u00e9j\u00e0 se profile. Quoi qu\u2019on en ait eu, ses admirations ne relevaient pas d\u2019un snobisme litt\u00e9raire dont on lui fit injustement grief. Sa biographie de Chateaubriand annonce un autre trait saillant chez lui, la malice. La r\u00e9v\u00e9rence devant le vicomte non seulement ne tourne pas \u00e0 l\u2019exercice de flagornerie mais souvent se teinte d\u2019une salutaire mise \u00e0 distance face \u00e0 l\u2019ambition maladive comme aux petits calculs domestiques de celui qui avait choisi de reposer bien immodestement face \u00e0 l\u2019oc\u00e9an sur l\u2019\u00eele du Grand B\u00e9. En un temps o\u00f9 le d\u00e9nigrement l\u2019emporte le plus souvent sur l\u2019estime, voici une lecture qui rafra\u00eechit.<\/h4>\n\n\n\n<h5 class=\"wp-block-heading\">\u00ab<em>&nbsp;<strong>Quand l\u2019Enchanteur vint au monde<\/strong><\/em>&nbsp;\u00bb de Jean d\u2019Ormesson, Editions H\u00e9lo\u00efse d\u2019Ormesson, 192 pages, 18,50 \u20ac<\/h5>\n\n\n\n<h5 class=\"wp-block-heading\">11\/12\/2025 \u2013 1767 \u2013 W147<\/h5>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L\u2019in\u00e9dit de Jean d\u2019Ormesson \u00ab\u00a0Quand l\u2019Enchanteur vint au monde\u00a0\u00bb a paru \u00e0 l\u2019occasion du centenaire de la naissance de l\u2019\u00e9crivain disparu en 2017. Il s\u2019agit d\u2019une \u0153uvre de jeunesse. 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