{"id":2853,"date":"2026-02-18T17:34:47","date_gmt":"2026-02-18T16:34:47","guid":{"rendered":"https:\/\/jclebrun.eu\/blog\/?p=2853"},"modified":"2026-02-19T10:16:52","modified_gmt":"2026-02-19T09:16:52","slug":"catherine-gucher","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/jclebrun.eu\/blog\/2026\/02\/18\/catherine-gucher\/","title":{"rendered":"Catherine GUCHER"},"content":{"rendered":"\n<h4 class=\"wp-block-heading alignfull has-text-align-center\"><strong>\u00ab\u00a0<em>Rose, Marie &amp; Dalida<\/em>\u00a0\u00bb, le quatri\u00e8me roman de Catherine Gucher, apr\u00e8s notamment \u00ab\u00a0<em>Transcolorado<\/em>\u00a0\u00bb (2017) distingu\u00e9 par le Festival du Premier Roman de Chamb\u00e9ry, revient sur un pan encore largement minor\u00e9 de l\u2019histoire fran\u00e7aise des ann\u00e9es 1960-1980, l\u2019affaire des \u00ab\u00a0enfants de la Creuse \u00bb\u00a0: plus de 2000 enfants et adolescents n\u00e9s de parents pauvres sur l\u2019\u00eele de la R\u00e9union qui furent exil\u00e9s et dispers\u00e9s dans 83 d\u00e9partements. Il s\u2019agissait ici de faire pi\u00e8ce \u00e0 l\u2019exode rural et l\u00e0-bas de faire baisser la pression sociale li\u00e9e \u00e0 la d\u00e9mographie ainsi qu\u2019aux pratiques coloniales<\/strong><\/h4>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image alignleft size-medium\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"216\" height=\"300\" src=\"https:\/\/jclebrun.eu\/blog\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/GUCHER-1-216x300.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-2859\" srcset=\"https:\/\/jclebrun.eu\/blog\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/GUCHER-1-216x300.png 216w, https:\/\/jclebrun.eu\/blog\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/GUCHER-1.png 550w\" sizes=\"auto, (max-width: 216px) 100vw, 216px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Au centre du roman remarquablement document\u00e9 de Catherine Gucher se tient Rose Lankrane, tout juste vingt ans \u00e0 la fin des ann\u00e9es 1960 mais d\u00e9j\u00e0 m\u00e8re de trois enfants. Evidemment pas d\u00e9sir\u00e9s. Le premier d\u2019entre eux, qui porte le pr\u00e9nom archang\u00e9lique de Gabriel, est n\u00e9 des \u0153uvres du vieux Joseph contre la promesse d\u2019un transistor. Une mani\u00e8re de catastrophe pour la jeune fille, \u00e0 l\u2019\u00e9gal des \u00e9ruptions du volcan et des passages des cyclones. Rose vit &nbsp;dans une cabane en&nbsp; t\u00f4le avec Th\u00e9r\u00e8se, sa m\u00e8re, \u00ab&nbsp;<em>un avant-go\u00fbt de p\u00e9nitence<\/em>.\u00bb Celle-ci se montre en effet en perp\u00e9tuelle furie contre elle. Contre celui qui l\u2019a engross\u00e9e avant d\u2019imm\u00e9diatement reprendre son existence d\u2019oisif obs\u00e9d\u00e9 par le sexe. Contre ce monde d\u00e9cid\u00e9ment mal ajust\u00e9. Des deux femmes Catherine Gucher dresse des portraits en lesquels le malheur r\u00e9unionnais se donne \u00e0 reconna\u00eetre. Tandis que l\u2019une faisait entendre sa vindicte, l\u2019autre \u00ab&nbsp;<em>ignorait qu\u2019il y a des forces plus grandes que celles du volcan ou du cyclone pour d\u00e9vaster les vies des petites personnes comme elle<\/em>.&nbsp;\u00bb &nbsp;Le r\u00e9cit s\u2019avance en effet d\u2019un m\u00eame pas sur les champs de l\u2019intime, du social et du politique. Il rappelle que ce fut un certain Michel Debr\u00e9, alors d\u00e9put\u00e9 de la R\u00e9union, qui initia ce qu\u2019on d\u00e9signa pudiquement comme un \u00ab&nbsp;<em>transfert<\/em>&nbsp;\u00bb pour participer au repeuplement de d\u00e9partements tels la Creuse, mais aussi le Tarn, le Gers, la Loz\u00e8re ou encore les Pyr\u00e9n\u00e9es-Orientales.<\/h4>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<h4 class=\"wp-block-heading\"><strong>A sept ans le gar\u00e7on avait l\u2019air suffisamment vigoureux pour &nbsp;\u00eatre du voyage vers le \u00ab&nbsp;<em>d\u00e9sert central<\/em> \u00bb et un futur forc\u00e9ment meilleur<\/strong><\/h4>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Gabriel, l\u2019a\u00een\u00e9 de Rose, fut de ce \u00ab&nbsp;<em>transfert<\/em>&nbsp;\u00bb en 1977. &nbsp;Pour cela il avait suffi que Rose appose ses initiales, ou plus vraisemblablement une simple croix, sur la feuille que lui avaient pr\u00e9sent\u00e9e les services sociaux. En grande difficult\u00e9 financi\u00e8re, \u00e9ducative et psychologique (\u00ab&nbsp;<em>l\u2019esprit un peu m\u00eal\u00e9<\/em>&nbsp;\u00bb), elle avait c\u00e9d\u00e9 \u00e0 leur insistance. A sept ans le gar\u00e7on avait l\u2019air suffisamment vigoureux pour &nbsp;\u00eatre du voyage vers le \u00ab&nbsp;<em>d\u00e9sert central<\/em> \u00bb et un futur forc\u00e9ment meilleur. Rose, partag\u00e9e entre sentiment de culpabilit\u00e9 et d\u00e9sespoir, n\u2019avait plus jamais eu de ses nouvelles. Catherine Gucher restitue avec une infinie subtilit\u00e9 le profond \u00e9tat de confusion dans lequel se trouve le personnage central de son roman. Il n\u2019y a plus gu\u00e8re que la vierge Marie, dont la&nbsp; petite statue se dresse sur une hauteur, qui puisse lui apporter un peu de consolation, sinon son intercession. Son fils ne lui fut-il pas pareillement enlev\u00e9 pour un avenir suppos\u00e9ment meilleur&nbsp;? Rose monte r\u00e9guli\u00e8rement se confier \u00e0 elle, De la m\u00eame fa\u00e7on qu\u2019apr\u00e8s avoir vu un jour \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision Dalida, \u00ab&nbsp;<em>tellement belle, tellement forte, tellement libre<\/em>&nbsp;\u00bb dans sa robe paillet\u00e9e, elle se projette dans une autre vie plus \u00e9clatante. Pour ne plus voir un horizon &nbsp;bouch\u00e9 par les fumerolles. Pour \u00e9chapper aux coul\u00e9es de lave&nbsp;: l\u2019une d\u2019elles avait sous ses yeux englouti Dorise, l\u2019une de ses filles. Et surtout plus encore s\u2019\u00e9vader du &nbsp;quotidien des pauvres cases, des \u00ab&nbsp;<em>carr\u00e9s<\/em> <em>de terre battue<\/em>&nbsp;\u00bb, dans lesquels une m\u00eame mis\u00e8re se r\u00e9p\u00e8te \u00e0 l\u2019infini. De tout cela Catherine Gucher propose un saisissant tableau. Port\u00e9 par le souffle d\u2019une \u00e9criture qui pr\u00e9serve de la tentation mis\u00e9rabiliste.<\/h4>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<h4 class=\"wp-block-heading\"><strong>Une nouvelle aventure commence, qui passe par l\u2019h\u00f4pital Sainte-Anne, une ferme sur le plateau de Millevaches et le foyer de l\u2019enfance de Gu\u00e9ret<\/strong><\/h4>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Puis l\u2019action se d\u00e9place \u00e0 Paris en 1997. Rose, meurtrie depuis vingt ans par l\u2019abandon de Gabriel, esp\u00e8re y retrouver la trace de celui-ci. Elle y rejoint Lysiane, son autre fille, la bonne \u00e9l\u00e8ve devenue infirmi\u00e8re. Y rencontre Ad\u00e8le, l\u2019amie de celle-ci maintenant journaliste, dont les parents \u00ab&nbsp;<em>zoreils<\/em>&nbsp;\u00bb \u00e0 la R\u00e9union \u00e9taient propri\u00e9taires d\u2019une vanilleraie. Rose \u00e0 l\u2019\u00e9poque y avait fait des m\u00e9nages. Une nouvelle aventure commence, qui passe par l\u2019h\u00f4pital Sainte-Anne, une ferme sur le plateau de Millevaches et le foyer de l\u2019enfance de Gu\u00e9ret. Alors que se laisse de plus en plus deviner la destin\u00e9e terrible d\u2019un enfant t\u00f4t entr\u00e9 en r\u00e9bellion, Catherine Gucher retrace au fil de cette \u0153uvre m\u00e9morielle ce que furent les trajectoires le plus souvent douloureuses des jeunes \u00ab&nbsp;<em>export\u00e9s<\/em>.&nbsp;\u00bb Il y a l\u00e0 aussi Victor et Gertrude, militants syndicaux et politiques sur l\u2019ancienne \u00eele Bourbon. Car la focale s\u2019est d\u00e9sormais \u00e9largie. Le tableau s\u2019enrichit d\u2019une foule de notations qui lui donnent sa rare \u00e9paisseur. L\u2019intime et le g\u00e9n\u00e9ral s\u2019y nouent, une r\u00e9flexion est invit\u00e9e \u00e0 s\u2019amorcer, inscrivant \u00ab&nbsp;<strong><em>Rose, Marie &amp; Dalida<\/em><\/strong>&nbsp;\u00bb dans le droit fil de \u00ab&nbsp;<strong><em>Transcolorado<\/em><\/strong>&nbsp;\u00bb et \u00ab&nbsp;<strong><em>Poussi\u00e8re noire<\/em><\/strong>&nbsp;\u00bb les deux premi\u00e8res grandes r\u00e9ussites romanesques de Catherine Gucher. &nbsp;<\/h4>\n\n\n\n<h5 class=\"wp-block-heading\">\u00ab&nbsp;<strong><em>Rose, Marie &amp; Dalida<\/em><\/strong>&nbsp;\u00bb de Catherine Gucher, Editions Le mot et le reste, 240 pages, 21 \u20ac<\/h5>\n\n\n\n<h5 class=\"wp-block-heading\">20\/02\/2026 \u2013 1775 \u2013 W155<\/h5>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00ab\u00a0Rose, Marie &amp; Dalida\u00a0\u00bb, le quatri\u00e8me roman de Catherine Gucher, apr\u00e8s notamment \u00ab\u00a0Transcolorado\u00a0\u00bb (2017) distingu\u00e9 par le Festival du Premier Roman de Chamb\u00e9ry, revient sur un pan encore largement minor\u00e9 de l\u2019histoire fran\u00e7aise des ann\u00e9es 1960-1980, l\u2019affaire des \u00ab\u00a0enfants de la Creuse \u00bb\u00a0: plus de 2000 enfants et adolescents n\u00e9s de parents pauvres sur l\u2019\u00eele [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_eb_attr":"","footnotes":""},"categories":[113],"tags":[146],"class_list":["post-2853","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-roman","tag-les-enfants-de-la-creuse-lhistoire-dun-exil-force-a-lepoque-moderne"],"yoast_head":"<!-- This site is optimized with the Yoast SEO plugin v27.4 - https:\/\/yoast.com\/product\/yoast-seo-wordpress\/ -->\n<title>Catherine GUCHER - Blog de Jean-Claude Lebrun<\/title>\n<meta name=\"description\" content=\"L&#039;exil d&#039;enfants de la R\u00e9union. 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