{"id":3104,"date":"2026-09-02T16:12:03","date_gmt":"2026-09-02T14:12:03","guid":{"rendered":"http:\/\/jclebrun.eu\/blog\/?p=3104"},"modified":"2026-09-02T17:56:48","modified_gmt":"2026-09-02T15:56:48","slug":"nelio-biedermann","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/jclebrun.eu\/blog\/2026\/09\/02\/nelio-biedermann\/","title":{"rendered":"Nelio BIEDERMANN"},"content":{"rendered":"\n<h4 class=\"wp-block-heading has-text-align-center alignfull\"><strong>Voici incontestablement, dans le domaine \u00e9tranger, l\u2019un des romans marquants de la rentr\u00e9e litt\u00e9raire. Publi\u00e9 en 2025 chez le grand \u00e9diteur allemand Rowohlt, \u00ab&nbsp;<em>L\u00e1z\u00e1r<\/em>&nbsp;\u00bb est le deuxi\u00e8me livre, mais le premier traduit en fran\u00e7ais, d\u2019un \u00e9crivain suisse n\u00e9 en 2003, Nelio Biedermann. Descendant d\u2019une famille d\u2019aristocrates hongrois qui \u00e9tait pass\u00e9e \u00e0 l\u2019ouest dans les ann\u00e9es 1950, celui-ci fait de cette histoire la mati\u00e8re d\u2019un texte remarquablement ma\u00eetris\u00e9, au souffle puissant<\/strong><\/h4>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image alignleft size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"156\" height=\"220\" src=\"http:\/\/jclebrun.eu\/blog\/wp-content\/uploads\/2026\/09\/LAZAR.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-3111\"\/><\/figure>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">La d\u00e9dicace du livre \u00ab&nbsp;<em>\u00e0 ma famille<\/em>&nbsp;\u00bb laisse en effet peu de doute sur l\u2019inspiration de Nelio Biedermann&nbsp;: c\u2019est bien une v\u00e9ritable saga familiale qui se donne \u00e0 lire au fil des 352 pages de \u00ab&nbsp;<strong><em>L\u00e1z\u00e1r<\/em><\/strong>.&nbsp;\u00bb Cela commence dans les tout premiers jours du XX\u00e8me si\u00e8cle. On c\u00e9l\u00e9brait l\u2019Epiphanie, \u00ab&nbsp;<em>alors que l\u2019or\u00e9e de la for\u00eat obscure \u00e9tait encore jonch\u00e9e de la neige du si\u00e8cle d\u00e9funt<\/em>.&nbsp;\u00bb La belle phrase d\u2019<em>incipit<\/em> du livre annonce d\u2019embl\u00e9e le regard po\u00e9tique qui ne cessera jamais d\u2019\u00eatre celui du narrateur, y compris lorsqu\u2019il s\u2019agira d\u2019aborder les p\u00e9riodes les plus convulsives d\u2019une histoire se d\u00e9roulant de la chute de l\u2019empire des Habsbourg \u00e0 la r\u00e9volution d\u2019Octobre 1956. Depuis les ann\u00e9es finissantes de l\u2019Autriche-Hongrie, la <em>Cacanie<\/em> de Robert Musil, jusqu\u2019\u00e0 la r\u00e9pression du soul\u00e8vement de Budapest par l\u2019Arm\u00e9e rouge. Trois g\u00e9n\u00e9rations de L\u00e1z\u00e1r s\u2019y trouvent confront\u00e9es, qui chacune \u00e0 sa fa\u00e7on vit les affres d\u2019une m\u00eame in\u00e9luctable d\u00e9cadence. Aux soubresauts de l\u2019Histoire r\u00e9pond la succession des drames familiaux dans ce texte foisonnant. &nbsp;<\/h4>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<h4 class=\"wp-block-heading\"><strong>Un temps de splendeur, avec des r\u00e8gles et des traditions qu\u2019on pensait immuables, est sur le point de prendre fin<\/strong><\/h4>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Quand Lajos vient au monde dans le ch\u00e2teau familial des barons von L\u00e1z\u00e1r, en ce d\u00e9but de XX\u00e8me si\u00e8cle, au c\u0153ur d\u2019une for\u00eat de Hongrie, personne ne peut encore imaginer qu\u2019un temps de splendeur, avec des r\u00e8gles et des traditions qu\u2019on pensait immuables, est sur le point de prendre fin. Dix-huit ans plus tard, \u00e0 la fin de la Premi\u00e8re guerre mondiale, la double monarchie austro-hongroise cessera en effet d\u2019exister. Et avec elle l\u2019ancienne vie des L\u00e1z\u00e1r. La m\u00e8re et l\u2019oncle de Lajos, en mal de rep\u00e8res, ne pourront surmonter le choc. Chacun \u00e0 sa mani\u00e8re choisira de s\u2019absenter de ce nouveau monde. Nelio Biedermann \u00e9voque leurs effacements respectifs dans des pages que la traduction de Rose Labourie restitue dans leur impressionnante beaut\u00e9. L\u2019une, M\u00e1ria, avait choisi de s\u2019enfoncer \u00e0 jamais dans l\u2019eau du lac \u00e0 proximit\u00e9 du ch\u00e2teau, l\u2019autre, Imre, de se perdre dans le labyrinthe de la folie.<\/h4>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<h4 class=\"wp-block-heading\"><strong>Ce qui frappe dans cet ambitieux roman, c\u2019est sa capacit\u00e9 \u00e0 faire entendre en continu les fracas de l\u2019Histoire jusque dans l\u2019orgueilleux ch\u00e2teau au milieu des for\u00eats<\/strong><\/h4>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Au d\u00e9but des ann\u00e9es 1920 Lajos h\u00e9rite du domaine familial et une \u00e8re nouvelle semble s\u2019amorcer. Entretenant pour un temps l\u2019illusion d\u2019un retour au lustre pass\u00e9. La vie reprend au ch\u00e2teau, comme si le d\u00e9but du si\u00e8cle n\u2019avait \u00e9t\u00e9 qu\u2019une parenth\u00e8se d\u00e9sagr\u00e9able dans l\u2019histoire des L\u00e1z\u00e1r&nbsp;: \u00ab <em>Pendant des ann\u00e9es, les chambres d&rsquo;amis n&rsquo;avaient h\u00e9berg\u00e9 que des fant\u00f4mes et des toiles d&rsquo;araign\u00e9es, et voil\u00e0 que le ch\u00e2teau r\u00e9sonnait \u00e0 nouveau de bavardages, de musique et de rire. On se serait cru revenu \u00e0 l&rsquo;\u00e2ge d&rsquo;or de la famille&nbsp;<\/em><a href=\"https:\/\/www.babelio.com\/livres\/Biedermann-Lzr\/1961153\"><strong><em>L\u00e1z\u00e1r<\/em><\/strong><\/a><em>.<\/em>&nbsp;\u00bb Le \u00ab&nbsp;<em>naufrage<\/em>&nbsp;\u00bb de la monarchie semble \u00eatre d\u2019abord v\u00e9cu comme un \u00e9pisode sans cons\u00e9quence, un accident, dans le temps long d\u2019une histoire multis\u00e9culaire. Alors m\u00eame que, note Nelio Biedermann, tout \u00ab&nbsp;<em>sombre, chavire, coule<\/em>&nbsp;\u00bb sous la pouss\u00e9e de nouvelles forces entr\u00e9es en sc\u00e8ne. Ce qui frappe dans cet ambitieux roman, c\u2019est sa capacit\u00e9 \u00e0 faire entendre en continu les fracas de l\u2019Histoire jusque dans l\u2019orgueilleux ch\u00e2teau au milieu des for\u00eats. Ce que sugg\u00e9rait la sc\u00e8ne d\u2019ouverture, qui d\u2019abord paraissait relever de la simple anecdote, ou de la fantaisie de l\u2019invention romanesque. On y voyait le nouveau-n\u00e9 Lajos faisant son apparition dans le monde des vivants&nbsp;: M\u00e1ria \u00ab&nbsp;<em>venait de mettre au monde un enfant \u00e0 la peau transparente, qui laissait voir ses petits organes<\/em>.&nbsp;\u00bb Une saute dans le lignage g\u00e9n\u00e9tique des barons von L\u00e1z\u00e1r, telle l\u2019annonce des bouleversements et ruptures \u00e0 venir.<\/h4>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<h4 class=\"wp-block-heading\"><strong>Nelio Biedermann restitue les ann\u00e9es de formation des deux jeunes aristocrates<\/strong><\/h4>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">\u00ab&nbsp;<em>L\u2019enfant translucide aux yeux bleu lac<\/em>&nbsp;\u00bb avait eu lui-m\u00eame deux descendants. Un gar\u00e7on, Pista, et une fille, Eva. A eux incomberait la redoutable t\u00e2che de faire face aux secousses \u00e0 venir. Si la fugitive R\u00e9publique des Conseils de Hongrie initi\u00e9e par B\u00e9la Kun en 1919 n\u2019avait pas davantage affect\u00e9 le cours de l\u2019existence des von L\u00e1z\u00e1r qu\u2019ensuite la Terreur blanche et la dictature de Horthy, il en \u00e9tait all\u00e9 tout autrement du nazisme. A la fin des ann\u00e9es 1930 la Hongrie collabore en effet avec l\u2019Allemagne hil\u00e9rienne et promulgue ses propres lois antis\u00e9mites. La nouvelle g\u00e9n\u00e9ration des von L\u00e1z\u00e1r est conduite \u00e0 prendre peu \u00e0 peu conscience de ce qui se joue. Non pas au terme de quelque r\u00e9flexion politique, mais \u00e0 travers son v\u00e9cu. Nelio Biedermann restitue les ann\u00e9es de formation des deux jeunes aristocrates. Le r\u00e9cit de leurs apprentissages intellectuels et affectifs (\u00ab&nbsp;<em>C\u2019\u00e9tait donc cela \u00eatre amoureux \u2013 avoir l\u2019impression qu\u2019une temp\u00eate automnale faisait rage en vous)<\/em> se pr\u00e9sente ind\u00e9niablement comme l\u2019un des plus \u00e9mouvants temps forts du roman.<\/h4>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">A plusieurs reprises Marcel Proust se trouve cit\u00e9, pas seulement par une fa\u00e7on de dilection litt\u00e9raire, mais en \u00e9cho implicite \u00e0 ce qui se joue autour des L\u00e1z\u00e1r et de leur terre de Hongrie&nbsp;: l\u2019auteur d\u2019\u00ab&nbsp;<strong><em>A la recherche du temps perdu<\/em><\/strong>&nbsp;\u00bb est celui qui propose le tableau le plus puissant de la faillite d\u2019un monde ancien \u00e0 l\u2019autre bout de l\u2019Europe, dans lequel ils auraient pu tout \u00e0 fait se reconna\u00eetre. D\u00e9j\u00e0 \u00e9branl\u00e9s par les violences et les massacres auxquels se livrent les nazis &#8211; Matilda, le premier et seul vrai grand amour de Pista, s\u2019\u00e9tait \u00e9vanouie quelque part dans le secret de l\u2019op\u00e9ration <em>Nuit et brouillard<\/em> &#8211; ils le sont au moins autant par l\u2019arriv\u00e9e des troupes sovi\u00e9tiques en octobre-novembre 1944. La lib\u00e9ration du pays se solde par des violences qui se reproduiront \u00e0 l\u2019identique six mois apr\u00e8s, sept cents kilom\u00e8tres plus \u00e0 l\u2019ouest, implacablement document\u00e9es dans le remarquable \u00ab&nbsp;<strong><em>Une femme \u00e0 Berlin<\/em><\/strong>&nbsp;\u00bb (Gallimard, 2006, traduction fran\u00e7aise de Fran\u00e7oise Wuilmart).<\/h4>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<h4 class=\"wp-block-heading\"><strong>Le grand bouleversement, par lequel s\u2019ach\u00e8ve la d\u00e9gringolade des L\u00e1z\u00e1r<\/strong><\/h4>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">En 1949 la Hongrie devient r\u00e9publique populaire. Nelio Biedermann \u00e9voque le grand bouleversement, par lequel s\u2019ach\u00e8ve la d\u00e9gringolade des L\u00e1z\u00e1r. Cela s\u2019\u00e9tait concr\u00e9tis\u00e9 pour eux d\u00e8s la fin de l\u2019\u00e9t\u00e9 1948, lorsque deux hommes leur avaient donn\u00e9 une heure pour faire leurs bagages, \u00ab&nbsp;<em>ils n\u2019avaient pas le droit d\u2019emporter de bijoux, d\u2019argenterie ni de tableaux. Les meubles, la terre et les b\u00eates dessus \u00e9taient d\u00e9j\u00e0 propri\u00e9t\u00e9 de l\u2019Etat<\/em>.&nbsp;\u00bb <em>&nbsp;<\/em>En tout juste un demi-si\u00e8cle ils avaient tout perdu. Encore trois ann\u00e9es et ils durent quitter Budapest, furent emmen\u00e9s dans une ferme \u00e0 l\u2019est du pays, contraints dor\u00e9navant de travailler. De brefs chapitres d\u2019une pr\u00e9cision clinique, calqu\u00e9s sur l\u2019encha\u00eenement des \u00e9v\u00e9nements, restituent cette acc\u00e9l\u00e9ration de l\u2019Histoire. Le tour de force de ce texte, c\u2019est sa mani\u00e8re de conduire de front une relation extr\u00eamement d\u00e9taill\u00e9e des faits et une restitution non moins pr\u00e9cise de ce qui se joue dans l\u2019intimit\u00e9 de chacun. Voudrait-on jouir des meilleurs points de vue sur cinq d\u00e9cennies d\u2019histoire hongroise, qu\u2019il faudrait simplement lire \u00ab&nbsp;<strong><em>L\u00e1z\u00e1r<\/em><\/strong>.&nbsp;\u00bb<\/h4>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">A la for\u00eat des d\u00e9buts au pied du ch\u00e2teau r\u00e9pond une autre for\u00eat, quelque part entre la Hongrie et la Yougoslavie. Tels Mar\u00e9chal et Rosenthal dans \u00ab&nbsp;<strong><em>La grande illusion<\/em><\/strong>&nbsp;\u00bb, l\u2019on y voit Pista et Eva engag\u00e9s pour une course ultime dans la neige, le c\u0153ur \u00ab&nbsp;<em>battant la chamade<\/em>.&nbsp;\u00bb Dans un final qui peut \u00eatre \u00e9galement consid\u00e9r\u00e9 comme un commencement.<\/h4>\n\n\n\n<h5 class=\"wp-block-heading\">\u00ab&nbsp;<strong><em>L\u00e1z\u00e1r<\/em><\/strong>&nbsp;\u00bb de Nelio Biedermann, traduit de l\u2019allemand (Suisse) par Rose Labourie, Editions Belfond, 352 pages, 23 \u20ac<\/h5>\n\n\n\n<h5 class=\"wp-block-heading\">03\/09\/2026 \u2013 1792 \u2013 W172<\/h5>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Voici incontestablement, dans le domaine \u00e9tranger, l\u2019un des romans marquants de la rentr\u00e9e litt\u00e9raire. 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